1954 Patriarche Oecuménique Athénagoras lors de la visite du père Eugraph Kovalevsky

 

Bulletin Contats n°1

 

Une délégation conduite par le T-R. Archiprêtre Eugraphe Kovalevsky, Supérieur de la Mission Orthodoxe de France s'étant rendue auprès de Sa toute Sainteté Mgr Athénagore, Patriarche du Très Saint-Trône Œcuménique, notre vénéré Père et Seigneur, pour lui présenter les vœux filiaux de la Mission et lui soumettre ses desiderata, Sa Toute Sainteté a daigné en la recevant, le 26 octobre 1954, à l’Université de Théologie de Halki, — lui adresser les paroles suivantes qui iront au cœur de nous tous :

« Eh, bien ! voici donc un grand événement. C’est une chose merveil­leuse pour Nous d’apprendre la renaissance de l’Orthodoxie en Occident. Mais Nous ne sommes pas étonnés que ce mouvement vienne de France, de cette France qui nous a déjà donné tant de belles et douces choses. C’est un moment historique pour toute la chrétienté et ce serait une grande faute de Notre part, si Nous ne comprenions pas que Nous devons travailler à sa réalisation.

« Nous savons qu’il y a, en Occident, une grande soif de retour à la vraie tradition chrétienne. Nous savons aussi que le climat de l’Eglise de Rome, par son autoritarisme très difficile à supporter, ne peut pas permettre une vraie renaissance au sein de la tradition. Puissiez-vous être le pont qui sera jeté entre l’Eglise Orthodoxe, dépositaire de la vraie Lumière, et l’Eglise romaine que nous aimons. »

Et, s'adressant personnellement au Père Kovalevsky :

« C’est un honneur pour Nous de vous apporter une aide, à vous qui avez consacré toute votre vie à cette œuvre historique de l’Orthodoxie française. La France nous a apporté, par sa Révolution, la liberté, la justice et la fraternité ; peut-être la France apportera-t-elle une nouvelle révolution pour le Christianisme, grâce à votre œuvre ! »

 

« Les temps sont graves, non à cause des secousses extérieures : ce fut de tout temps la vie de l'humanité. Les temps sont graves, parce que la réflexion et l'analyse ont sapé les fondements sur lesquels reposent, depuis des siècles, l'orgueil, l'apathie ou l'ignorance des hommes.

La philosophie rationaliste, par une suite de déductions sévères, dont la gloire appartient à l'Allemagne, est parvenue, dans l'école de Hegel, à prouver sans le vouloir, que la raison seule, ne connaissant que les rapports des choses et non les choses elles-mêmes, arrive au néant quand elle prétend se passer de la foi qui est la connaissance intime des choses. C'est ainsi que l'analyse a brisé l'orgueil humain et le force à demander à la foi ce que la raison logique, seule, ne peut pas lui donner.

L'âme humaine, ne recevant plus la foi comme un héritage légué par une habitude aveugle, lui a demandé ses titres, et les a trouvés faux. Elle a vu le rationalisme dans ce qui se disait être la foi. »