Méthode de restauration

 

Extrait de la commission liturgique de 1968 présidée par l’évêque Jean de Saint-Denis publié aux éditions de Forgeville n°9.

 

Comment nos liturgistes ont-ils appliqué la méthode de restauration ? Disons-le brièvement.

« Le canon eucharistique » d’Eugraph Kovalevsky en est un exemple parfait : chaque terme, ainsi que nous l’avons déjà dit, est analysé à la lumière des textes qui nous sont parvenus, face à la liturgie orthodoxe universelle.

À propos du Missel de Stowe, nous avons cité les litanies dites de saint Martin, montrant que les différentes sources se joignent et forment un groupe de témoignages.

Prenons un troisième cas, celui de l’Agios. Selon saint Germain, après le Praelegendum et la Bénédiction, on chante l’Agios en grec et en latin. Nous le chantons par esprit de communion universelle et respect des lettres de saint Germain, en grec et en latin, mais en ajoutant par respect de l’esprit orthodoxe un troisième Trisagion dans la langue du pays, en français. D’autres témoignages soutiennent cette indication de saint Germain ; le Missel de Bobbio le confirme en parlant de « Post-Agios ». Saint Géry, évêque de Cambrai (VIIe siècle), indique aussi l’Agios. (voir les Ann. Boll VII, 1888 p. 393).

Saint Avit évêque de Vienne, dans sa lettre à Gaudebaud, roi de Bourgogne, condamne l’ajout monophysite au Trisagion : « Crucifié pour nous ». Enfin, le troisième canon du Concile de Vaison (précité), ordonne de toujours le chanter. De cette sorte, les renseignements épars se rassemblent autour des « Lettres de saint Germain ».

Ces trois exemples suffisent, nous semble-t-il, à éclairer la méthode de travail de nos liturgistes.

Ajoutons au labeur de documentation celui de la traduction rigoureuse du latin et du grec et, pour ce faire, la création d’un français liturgique. Le chant, lui aussi, dut être ressuscité, polyphonisé selon les huit tons grégoriens, le rythme de la psalmodie, et ne faire qu’un avec le verbe français. Nous avons la joie de constater que plusieurs paroisses orientales et occidentales se servent de nos chants.

En conclusion, nous avons compulsé les manuscrits, exploré les documents gallicans et la littérature liturgique. Ce travail, malgré le sérieux et la bonne volonté serait resté scolaire, archéologique si la tradition ininterrompue du rite oriental et du rite occidental n’avait été à notre portée et si nous n’avions prié et célébré quotidiennement.

Plusieurs évêques orthodoxes de différentes juridictions russes et grecques présidèrent notre liturgie dans notre cathédrale. L’Archevêque Jean, de bienheureuse mémoire, la célébra souvent. Dix-neuf évêques de la cathédrale russe hors frontières de New-York y assistèrent et le Primat, Sa Béatitude Monseigneur Anastase, proclama : « Elle est, en vérité, orthodoxe ». Cette communion épiscopale à l’ancien rite des Gaules est une source non manuscrite, mais spirituelle et une assurance d’authenticité.

Il est évident, comme nous l’avons écrit en première phrase de ce chapitre, que la Source Primordiale de la liturgie est le Saint-Esprit et la Tradition Vivante de l’Église.