L’année liturgique

 

Texte issu de la commission liturgique de 1968 présidée par Mgr Jean de Saint-Denis présentée au patriarcat roumain.

 

Comme dans la tradition byzantine et comme dans toute tradition chrétienne authentique, l’année liturgique en Occident est formée de deux cycles superposés :

Le cycle de Pâques qui se déplace dans le temps. Il est presque identique en Orient et en Occident, sauf l’organisation des offices du temps après la Pentecôte qui, dans le rite byzantin, représente plusieurs suites de 8 semaines correspondant chacune à un « ton ecclésiastique » (système de l’ochtoïkon). Cette organisation du temps liturgique n’a pas été adoptée en Occident.

Le cycle des Fêtes fixes qui commence par la période de l’Avent et se termine par la Fête de tous les saints (Toussaint, 1er Novembre). Les 12 grandes fêtes de ce cycle commémorant les événements de la vie de Notre Seigneur et de la Vierge Marie, sont identiques et se fêtent aux mêmes dates dans les deux rites.

 

Pour abréger notre exposé, nous traiterons simultanément des particularités des deux cycles en suivant l’ordre chronologique de l’année liturgique :

 

  1.  Avent
  2.  Noël et le Temps de la Nativité
  3.  Théophanie
  4.  Sainte Rencontre
  5.  Carême
  6.  Dimanche des Rameaux
  7.  Semaine Sainte
  8.  Pâques
  9.  Rogations
  10.  Ascension-Pentecôte
  11.  Transfiguration de Notre Seigneur
  12.  Assomption
  13.  Tous les saints

1)Avent

En Occident, l’année liturgique commence par la période de l’Avent : « adventus » = avènement. L’Avent est déjà mentionné dans l’Histoire de France de saint Grégoire de Tours (VIe siècle), au 2e Concile de Tours (567) et au Concile de Macon (582).

Dans le rite romain suivi par les anglicans, les vieux-catholiques et les luthériens, cette période ne s’étend que sur 4 semaines. Dans le rite des Gaules – et ceci lui est particulier – la période de l’Avent couvre une période de 6 semaines avant Noël, ce qui la rapproche des 6 semaines du Carême de Noël en usage en Orient.

Pour tout l’Occident, le sens liturgique et spirituel de la période de l’Avent est le même, quelle que soit sa durée. L’Avent déborde d’ailleurs les murs du Temple et colore la vie familiale et populaire. Sans lui, l’année liturgique occidentale et impensable. Pourtant le typicon byzantin ne connaît pas le terme « adventus », et son contenu n’apparaît pas dans la piété orientale. Certes, ce typicon prévoit le jeûne préparatoire de 40 jours, le chant – à partir du 21 Novembre, fête de l’entrée de la Vierge au Temple – des « catavasias » de Noël (« Le Christ naît, glorifiez-le… »), les dimanches des Pères et des Patriarches, et enfin les jours préfestiaux . Mais ces éléments liturgiques n’ont rien de comparable avec l’ampleur de l’Avent occidental. « Avent », « avènement », c’est l’attente de la venue du Christ : la première venue où Il s’incarne, la deuxième où « Il reviendra en gloire, juger les vivants et les morts ». Double attente…

Afin de faire saisir la beauté puissante de l’Avent, citons la progression espérante de quelques antiennes chantées dans la montée de ces 6 semaines. Elles sont tirées de la Loi, des Psaumes, des Prophètes et du Nouveau Testament :

« Voici que le Nom du Seigneur vient de loin, et toute la terre est pleine de Sa gloire, alleluia ! »

« Le Seigneur viendra. Il ne Se repentira pas. S’Il tarde, attendez-Le, car Il S’accomplira, alleluia ! »

« De Sion où brille Sa beauté, Dieu paraîtra au grand jour. »

« Réjouissez-vous dans le Seigneur, je répète : réjouissez-vous, le Seigneur est proche, alleluia ! »

« Le Seigneur viendra, Il ne tardera pas pour illuminer la profondeur des ténèbres, alleluia ! »

« Tu es proche, Seigneur. Toutes Tes voies sont vérité. Fais-nous connaître Tes desseins, car Tu es éternel. »

« Viens, Seigneur, ne tarde pas, délivre de ses péchés Ton peuple d’Israël »

« Voici qu’Il vient, le Désiré des nations, et la gloire du Seigneur remplira le Temple. »

Et aux Vigiles de Noël, les paroles de l’Exode :

« Aujourd’hui, vous saurez que le Seigneur va venir pour nous sauver, et demain paraîtra Sa gloire. »

Aux Vêpres des 7 jours qui précèdent Noël (17-24 Décembre), sont chantées les célèbres Grandes Antiennes des « Noms Divins » du Verbe qui s’apprête à s’incarner. Elles sont surnommées : « les Ô », parce qu’elles débutent par l’exclamation « Ô ». La première est « Le commencement des voies » : « Ô Sagesse ! ». La dernière est « Ô Emmanuel ! Dieu est avec nous ». (Les Grandes Antiennes correspondent aux Tropaires orientaux - « Apolytikion »). À chaque nouvel « Ô », est allumé une lampe du sanctuaire, de sorte que la veille de Noël les sept lampes brillent dans l’attente du soleil de Justice.

Cette attente grandit : « Il vient de loin…. » « S’Il tarde, attendez-Le !… » « Il est proche…. » « Dieu est avec nous ».

Les prophéties d’Isaïe qui prédit que la Vierge enfanterait un Fils, sont lues quotidiennement au long de six semaines, sur un ton spécial.

Ces joyaux du trésor liturgique de l’Avent ne montrent-ils pas aux Orientaux la beauté originale de ce Temps ?...

2)Noël et Temps de Noël

Noël, particulièrement fêté en Occident, est marqué par la « Messe de Minuit » célébrant la naissance Pré-Éternelle du Verbe, et par la « Messe du jour » célébrant la naissance dans le temps de Marie la Vierge.

Dans l’Octave de Noël, comme en Orient, on fête saint Etienne, les saints Innocents etc…, mais la fête de saint Jean le Théologien n’est fêtée le 27 Décembre qu’en Occident. Les « Deux Jean », c’est-à-dire le Baptiste (24 juin, le même jour dans l’Église universelle) et le Disciple bien-aimé (27 Décembre) sont liés par la coutume populaire occidentale aux solstices d’été et d’hiver.

3)Théophanie

Cette grande fête, primitivement réunie avec celle de Noël, est actuellement tombée dans l’oubli en Occident. Le rite romain actuel la mentionne à peine sous le nom de « Baptême » du Christ ». Ici, nous nous trouvons devant un cas où un enrichissement du rite occidental par un apport légitime d’éléments byzantins, se trouve être indispensable. Cet apport est réalisé dans l’Église catholique orthodoxe de France par l’introduction de la solennité de la Théophanie. Celle-ci comporte la « Bénédiction des eaux du Jourdain » suivant le rite byzantin, et un office de Vigile et une liturgie qui gardent leur structure occidentale, mais dont les textes variables sont empruntés aux Ménées grecques.

4)Sainte Rencontre

        La solennité rehaussée, d’origine jérusalémite, est celle de la « Chandeleur » = la Sainte Rencontre. Les paroles de saint Siméon : « Lumière qui doit se révéler à toutes les nations… » inspirent ce rite de la lumière, avec sa Bénédiction des cierges et sa procession autour de l’église. Fête liturgique, elle est particulièrement populaire en Occident. Les cierges bénis sont emportés dans les foyers, conservés et allumés pour apporter consolation et santé.

5)Carême

Le Carême, ainsi qu’en Orient, est précédé de semaines préparatoires. En Occident, elles portent les noms de Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime.

Le « Retrait de l’Alleluia » est le premier trait caractéristique du Carême occidental : cette exclamation n’est plus chantée entre le Dimanche du Quinquagésime et Pâques. Le diacre annoncera son « retour » le Samedi Saint, sur une mélodie triomphale, reprise par la foule. Saint Augustin, déjà, nous parle de cette coutume. L’Orient, par contre, multiplie l’Alleluia durant le Carême. En Occident, l’Alleluia est une acclamation festiale ; il résonne sans cesse à travers la période pascale, éclatant même au milieu des versets et des psaumes et des antiennes. C’est la raison pour laquelle nous avons ajouté dans notre rite : « Christ est ressuscité des morts. Par la mort Il a vaincu la mort… », afin d’être en harmonie avec la tradition locale. En Occident, l’omission de l’Alleluia signifie en général jeûne et pénitence.

Le « Mercredi des Cendres », avec son rite émouvant de l’imposition des cendres – cérémonie chère aux Occidentaux – ouvre le Grand Carême dont il est le deuxième aspect caractéristique. L’Orient célèbre le Dimanche du Pardon, mais ignore les cendres bibliques. Les Français qui fréquentent les Églises orientales, sont toujours déroutés d’entrer dans le Carême sans avoir reçu les cendres sur le front.

Le Grand Carême, en Occident comme en Orient comporte une série de lectures de l’Ancien Testament, presque identiques. Ce qui caractérise le Carême occidental, c’est le choix particulier des Évangiles quotidiens, et notamment ceux des dimanches qui sont significatifs : le Dimanche de Quadragésime = 1er Dimanche de Carême = Triomphe de l’Orthodoxie, on lit le récit de la Tentation de notre Seigneur après ses quarante jours de jeûne : Les parties variables des offices s’en inspirent. Le 2e Dimanche de Carême (qui en Orient est celui de la fête de saint Grégoire Palamas, défenseur de la Lumière incréée du Mont Thabor) est axé sur la transfiguration : il prépare ainsi les catéchumènes à la Passion volontaire du Christ, guidant les pénitents vers la contemplation de la Lumière divine.

Brûlons les étapes… et passons à la 6e semaine qui précède immédiatement la Semaine Sainte et qui, en Occident, est appelée « Semaine de la Passion ». L’Église y insiste sur la divinité du Christ qui exaspère ses détracteurs, et accélère sa condamnation pour l’accomplissement de son abnégation salutaire. Deux détails intéressants : à partir de cette dernière semaine, la doxologie des psaumes est omise, et des voiles violets recouvrent la croix de l’autel et les icônes, et ce jusqu’à Pâques.

À partir du « Dimanche de la Passion » (début de la 6e semaine), on chante l’hymne : « Vexilla Regis prodeunt », composé par le grand poète saint Fortunat à la demande de sainte Radegonde (VIe siècle) lorsque l’Empereur de Constantinople lui offrit une parcelle de la sainte Croix. À chacune des fêtes de la sainte Croix (3 Mai, 14 Septembre) et surtout durant ce temps de la Passion, cet hymne est chanté par tous. Ses paroles et sa mélodie bouleversent l’âme priante des fidèles : « Les étendards du Roi s’avancent, la Croix dans son mystère brille. La vie y meurt dans les souffrances et par sa mort produit la vie. Le fer d’une lance cruelle le perce, et voilà qu’à longs traits, l’eau, le sang en source nouvelle, jaillit pour laver nos forfaits. Ô Croix, Salut, seule espérance en ce temps de la Passion, donne aux bons, grâces en abondance, donne aux mauvais rémission ! Trinité, Source de bonheur, que tout esprit Te glorifie ! À nous que la Croix rend vainqueurs, accorde en plus le prix de vie. Amen. Alleluia ! »

6)Dimanche des Rameaux

Comme beaucoup de cérémonies occidentales, la solennité du Dimanche des Rameaux est venue de Jérusalem directement en Gaule. Elle se propage ensuite dans toutes les Églises latines.

Le matin, entre les Laudes et la messe, se déroule la Bénédiction des Rameaux, formée d’une série de prières et de chants et cantiques chrétiens très anciens tels que : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur, Roi d’Israël ! Hosanna in excelsis ! Les enfants des Hébreux, portant des palmes à la main, allaient au-devant du Seigneur en disant et en chantant : Hosanna in excelsis ! »

Puis le clergé et les fidèles, palmes et cierges allumés en main, vont en procession autour de l’église et chantent des strophes en grande partie identiques aux stichères des Vigiles du rite byzantin. Parvenus devant la porte close de l’église, tous entonnent les ovations de saint Théodulphe d’Orléans (760-821) : « Gloria, laus, honor » = « Gloire, louange, honneur »… et le célébrant engage le dialogue avec un « puer », jeune garçon demeuré seul dans l’église fermée.

Célébrant : « Portes, élevez vos linteaux ! Ouvrez-vous, portes éternelles ! ». Le « puer » demande : « Qui est-ce Roi de Gloire ? » et ainsi de suite…. (Le même dialogue se rencontre dans la Dédicace d’une église, aussi bien en Orient qu’en Occident). La croix processionnelle, symbole de la Croix qui ouvre l’entrée du Paradis, heurte alors trois fois la porte ; le « puer » l’ouvre toute grande et le clergé suivi de la foule pénètre dans le temple au chant de victoire : « À l’entrée du Seigneur dans la ville sainte… »

7)Semaine Sainte

Indiquons pendant la Semaine Sainte, à la veille des Grands Jeudi, Vendredi et Samedi, le poignant « Service des Ténèbres » (correspondant aux Matines orientales), avec les « Lamentations de Jérémie », cantilées sur un ton de plainte, chaque verset étant précédé de l’annonce dans l’ordre alphabétique, des lettres hébraïques : « Aleph, Beth etc… » modulées par un deuxième lecteur. L’Église participe ainsi à la douleur du Christ. Au centre de l’église est placé un triangle de 15 cierges que l’on éteint progressivement. Le service s’achève dans les ténèbres, les fidèles sont prosternés : nous mourons en Christ pour ressusciter avec Lui.

Le « Lavement des pieds » se pratique aussi bien en Orient qu’en Occident. Dans le rite occidental, il est accompagné de strophes d’une beauté verbale et musicale incomparable. Elles sont poétiquement issues du dernier discours de Notre Seigneur : « Je vous donne un commandement nouveau de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Après la Sainte-Cène et la Procession au « Reposoir » (Autel provisoire sur lequel sont déposés les Saints Dons qui seront consommés le Vendredi Saint), a lieu le « Dépouillement de l’Autel », effectué rapidement au rythme du psaume 21 (22) coupé de l’antienne : « Ils ont percé Mes mains et Mes pieds. On pourrait compter tous Mes os ». L’autel reste nu, sans éclat, jusqu’à la Résurrection (Dans la grande église de Constantinople, il existe le rite du « Lavement de l’Autel » le Jeudi Saint, mais en général l’Orient reste étranger à la participation rituelle de l’Église à la « Kenosis » du Logos[1]). Les nuits de Jeudi à Vendredi, et Vendredi à Samedi, les fidèles veillent le Christ dans l’église, en silence et en prière.

Le Vendredi Saint, à l’heure de la Mort de Notre Seigneur, sont célébrés les services de la « Crucifixion » et de la « Vénération de la Croix » : les cérémonies commençant par la lecture de 3 prophéties. Puis vient le chant de l’Évangile de la Passion par plusieurs exécutants : le diacre chante le texte de l’évangéliste, le célébrant chante les paroles du Christ, et les chantres représentent divers personnages et le peuple. Ensuite ont lieu l’élévation et le dévoilement progressifs de la croix de l’autel, au chant trois fois répété : « Voici le bois de la Croix sur lequel le Salut du monde est suspendu » auquel le peuple répond : « venez, adorons-Le ! » Enfin tous vénèrent l’Instrument de notre salut au chant du Trisagion (« Agios ô Theos ») et des « Impropères » de saint Roman le Mélode : « Ô Mon peuple, que t’ai-je fait ?... »

8)Pâques, Fête des Fêtes

Le chef-d’œuvre, venu encore une fois de Jérusalem en Occident par le chemin de la Gaule (IVe siècle), est la première messe pascale. Elle correspond à la liturgie vespérale de Samedi du rite byzantin. Le trait caractéristique de l’office occidental est la Bénédiction du Feu Nouveau et du Cierge pascal au chant de l’Exultet. Le peuple occidental tient particulièrement à ces symboles du « Feu Nouveau », de « l’Exultet » et du « Cierge pascal » : sans cet ensemble qui déclenche la Solennité des Solennités, Pâques pour lui ne serait plus Pâques…. Décrivons brièvement cette cérémonie.

L’église est dans les ténèbres totales. Les fidèles sont dans l’attente de la Lumière Nouvelle. À l’entrée de l’église, le clergé allume et bénit le « Feu Nouveau » et cinq grains d’encens (évoquant les cinq plaies du Christ) qui seront plantés dans le Cierge Pascal. Le diacre, tenant le cierge à 3 branches (ou « trident pascal »), en allume une des branches au « Feu Nouveau » que tient un enfant, et proclame : « Lumière du Christ ! » Tous répondent : « Rendons grâces à Dieu ! »

Le diacre avance dans l’église, et arrivé d’abord au centre, et ensuite près de l’ambon où il se rend, il répète le même geste en haussant chaque fois le ton. Le peuple répond de même chaque fois : « Rendons grâces à Dieu ! » Puis, de l’ambon, il élève le trident (Symbole des trois jours du Christ dans le tombeau) et, d’une voix forte, lance « l’Exultet », chant qui nous arrive du IVe siècle, un des élans les plus puissants de l’Église primitive. Le cierge Pascal, icône lumineuse du Ressuscité, Colonne de feu qui guide vers le monde transfiguré, est dressé dans l’ambon. Au cours du chant de l’Exultet, le diacre enfonce les cinq grains d’encens à la base du cierge, puis l’allume. Sa lumière est aussitôt communiquée de proche en proche parmi tous les fidèles qui, comme en Orient, tiennent chacun un cierge. Les veilleuses, les lampes sont allumées et rapidement tout ruisselle de lumière.

Citons un passage de l’article « La bataille de Pâques » : « Les Vigiles Pascales occidentales présentent la plus grandiose, la plus pathétique symphonie du génie liturgique universel, par leur composition, leurs textes, leurs mélodies, leur ampleur dramatique. Elles sont la mort et la résurrection des baptisés. Le Cosmos, en elles, prend part au Mystère : le feu, l’eau, le souffle, le ciel et la terre. Elles sont le rouleau vivant de l’histoire, depuis le chaos jusqu’à l’espérance de la résurrection. Elles enchâssent le paradoxe de l’Exultet où même le péché devient bienheureux car « il nous a valu un tel Rédempteur ».

« Les Vigiles Pascales du rite occidental ne le cèdent en rien aux Vigiles orientales – Elles les dépassent, portant le sceau indélébile des traditions de Jérusalem, elles surgissent comme un chef-d’œuvre de l’Église… »

Nous n’évoquerons pas ici l’ensemble de la période pascale, ne désirant offrir en cet exposé que les splendeurs du patrimoine d’Occident qui, non seulement émerveillent les liturgistes attitrés, mais sont réellement vécues par la masse des fidèles. (Nous y reviendrons à propos de la liturgie eucharistique).

9)Rogations

Les 3 jours : lundi, mardi et mercredi qui suivent le dernier « Dimanche après Pâques » et précèdent l’Ascension, sont appelés les « Rogations » (du latin « rogare » = demander). La cérémonie des Rogations est ancienne : elle fut introduite en Gaule au Ve siècle par saint Mamert pour conjurer les fléaux.

Elle comprend une Procession au chant des Litanie des saints, la Bénédiction de la terre (et si possible la visite aux cimetières avec prières pour les défunts). Trois jours consacrés à la prière qui s’appuie avec confiance sur les paroles de Notre Seigneur : « Demandez et l’on vous donnera » (Bréviaire bénédictin).

La « Litanie des saints » souvent unie à des processions et récitée en diverse circonstances, voilà l’exemple d’un type d’appels pressants inconnu de l’Orient et qui fait organiquement partie de la piété occidentale. Si la « Litanie de la Vierge » rappelle d’une certaine manière « l’Acathistos » de « l’Épousée », la « Litanie des saints » est analogue aux « lities » qui se disent la veille des grandes fêtes dans le narthex de l’église.

La litanie occidentale adopte la forme dialoguée entre le célébrant et l’Assemblée des fidèles :

  • Célébrant :

Père Céleste Qui es Dieu

  • Tous :

Aie pitié de nous !

  • Célébrant :

Fils, Rédempteur du monde, Qui es Dieu

  • Tous :

Aie pitié de nous !

  • Célébrant :

Esprit-Saint Qui es Dieu

  • Tous :

Aie pitié de nous !

Puis viennent les invocations nominales : Marie, les Anges, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les saints et les saintes et à chaque invocation, les fidèles répondent alors : « Prie pour nous ». Par exemple :

  • Célébrant :

Sainte Mère de Dieu

  • Tous :

Prie Dieu pour nous !

La Litanie contient environ une soixantaine de noms. Les clausules des saints sont suivies de demandes de délivrer de tous maux : colère, haine, foudre, guerre civile etc… Par exemple :

  • Célébrant :

Des embûches du démon

  • Tous :

Délivre-nous, Seigneur !

Ces demandes sont soutenues par les mystères du salut ; par exemple :

  • Célébrant :

Par le mystère de Ta sainte Incarnation

  • Tous :

Délivre-nous, Seigneur !

À ces suppliques s’ajoutent celles pour l’Église, pour les évêques, pour la paix, pour les défunts, etc… et la Litanie s’achève enfin par le chant répété trois fois :

  • Célébrant :

Agneau de Dieu Qui ôte les péchés du monde

  • Tous :

Aie pitié de nous !

Et enfin plusieurs « collectes », ou prières récapitulatives.

Les Rogations furent imposées en France par le Concile d’Orléans (511). Le Concile de Rome les étendit à tout l’Occident en 816.

10)Ascension et Pentecôte

Le jour de l’Ascension, on éteint le Cierge Pascal, symbole du Christ ressuscité, visiblement présent parmi nous : dorénavant c’est invisiblement qu’Il demeurera en nous.

À la Fête de la Pentecôte est chantée la célèbre séquence : « Veni, Sancte Spiritus » reprise en diverses circonstances (ordination, dédicace, etc…). Cet hymne parallèle à : « Roi du ciel, Consolateur… » est profondément soudé à nombre d’évènements historiques et actes sacrés de l’Occident.

11)Transfiguration de Notre Seigneur

Cette fête, bien que possédant dans les livres liturgiques occidentaux un office complet, n’est de fait pas célébrée actuellement en Occident. Il faut remonter au XIIe siècle pour retrouver en France la célébration solennelle de cette fête lumineuse. Un office beaucoup plus beau est développé que celui du rite romain actuel et parfaitement « orthodoxe », composé par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, était célébré à cette époque dans tous les monastères appartenant à l’obédience de cet homme remarquable, ami des Pères athonites dont il connaissait parfaitement les œuvres.

L’Église catholique orthodoxe de France a restauré la solennité de la Transfiguration, en ressuscitant en particulier l’usage de la Bénédiction des fruits. L’office occidental est enrichi par le tropaire byzantin de la fête, que toute l’assistance chante avec joie.

12)Assomption

Pour cette fête, commune aux deux rites, l’Église catholique orthodoxe de France a restauré, à la Cathédrale Saint-Irénée, le rite Jérusalémite de l’Ensevelissement de la Vierge.

13)Tous les saints

En Orient, tous les saints sont fêtés le premier dimanche après la Pentecôte. Ce choix liturgique glorifie les saints comme fruits du Saint-Esprit et comme témoins de Sa constante Présence dans l’histoire de l’Église.

L’Occident voue le premier dimanche après la Pentecôte à la Divine Trinité. Le mystère trinitaire présidera, illuminera les dimanches après la Pentecôte.

La fête de tous les saints (la « Toussaint ») est fixée dès le VIIe siècle au 1er Novembre. Cette fête est suivie, le 2 Novembre, par la commémoration des Défunts « depuis Adam jusqu’à nos jours ». Partout en Europe occidentale, les gens se rendent au cimetière pour prier et fleurir les tombeaux. L’intention est complémentaire de celle de l’Orient. Située à la fin de l’année liturgique dans la perspective eschatologique, l’accomplissement des temps, l’installation du Royaume de Dieu qui rassemblera en une foule immense tous les saints et tous les Défunts, la « Toussaint » est une vision apocalyptique. L’épître de la fête est d’ailleurs : Apocalypse 7, 2-12.

 


[1] Abaissement du Christ