Dissertation du Père Pierre Lebrun

 

Article de "Présence Orthodoxe" n°36 (2e édition).

 

«Ancienne Liturgie des Églises des Gaules[35]»


Article Premier
ORIGINE ET DURÉE DE CETTE LITURGIE


1. Liturgie gallicane en usage jusque vers la fin du 8ème siècle.
L'Ancienne liturgie des Gaules a été, dès les premiers siècles, différente de la Romaine. Elle devait venir des Églises d'Orient, et elle a été en usage jusqu'au temps de Pépin et de Charlemagne vers la fin du 8ème siècle. Les grandes relations que Pépin eut avec le Pape Étienne III, qui vint en France, et ensuite avec le Pape Paul 1er, l'an 758, lui inspirèrent d'introduire le chant romain dans toute la France. En 754, le Pape Étienne lui donne des chantres, et le Pape Paul 1er lui envoie l'antiphonaire et le responsorial. Charlemagne fut encore plus zélé que son père Pépin pour faire suivre en France le chant romain et tout le Rite de l'Église de Rome. Le Pape Adrien 1er lui envoya pour ce sujet le Sacramentaire de Saint Grégoire. Les Livres Carolins composés en 790 supposent tous ces faits[36] et ils nous font entendre que l'Office romain était alors reçu dans tous les pays de la domination de Charlemagne. C'est pourquoi on mit dans les Capitulaires de France que «chaque prêtre célébrerait la Messe selon le Rite romain avec des sandales».


2. Antiquité de la Liturgie gallicane.
La Liturgie gallicane, qu'on abandonna alors, avait tant d'antiquité qu'en remontant jusqu'aux premiers siècles, nous ne trouvons aucun vestige de changement dans l'Ordre de la Messe.
1- Hilduin, après la mort de Charlemagne, dans la préface sur les Aréopagites adressée à Louis le Débonnaire, parle de quelques anciens Missels Gallicans, comme de livres de la plus haute antiquité, et il dit qu'il contenait l'ordre de la messe des Églises des Gaules depuis qu'elles avaient repu la foi : antiquissimi et nimia pene vetustate consumpti missales libri continentes missae ordinem more Gallico, qui ab initio receptae fidei usu in hac occidentali plaqa est habitus, usque quo tenorem, quo nunc utitur, Romanum susceperit[37]. Telle était alors la persuasion que l'on avait dans l'antiquité de l'ordre gallican.
2 - L'abbé Augustin, envoyé en Angleterre l'an 596, fut surpris de voir dire en France la messe d'une manière différente de celle de Rome. Il demanda à saint Grégoire d'où pouvait venir cette diffé-rence : Cum una sit fides, cur sunt ecclesiarum diversae consuetudines, et altera consuetudo missarum in sancta romana ecclesia, arque altera in Galliarum renetur[38] ? Ce grand pape ne répond pas qu'on y avait introduit de nouveaux usages, mais qu'il pouvait suivre ce qu'il y avait de bon dans les différentes Églises.
3 - Un peu avant cette époque l'ordre des lectures qu'on faisait en France à la Messe, était regardé comme très ancien. Saint Grégoire de Tours appelle cet ordre le Canon Sacerdotal, l’Ancienne Règle : «Après qu'on eût lu les leçons prescrites par l'Ancien Canon, et que l'on eût offert les présents consacrés à l’autel[39]» et «on avait achevé les autres leçons introduites dans le Canon ecclésiastique[40]».
4 - Saint Césaire d'Arles, qui fut archevêque l'an 501, appelle divines ces lectures, et il les marque en cet ordre, des Prophètes, des Apôtres et des Évangiles. II nous apprend aussi que la bénédiction épiscopale se donnait à la Messe avant la communion immédiatement après le Pater. Tous ces usages qui étaient selon l'Ordre Gallican, diffèrent de celui de Rome, sont distinctement exprimés dans les Homélies 80 et 81 de saint Césaire, qui sont les 281 et 282 dans l'Appendix des sermons de saint Augustin.
5 - Avant saint Césaire, saint Sidoine Apollinaire composa quelques messes auxquelles saint Grégoire de Tours ajouta une préface[41]. Musée, prêtre de Marseille, fit un recueil de leçons et de répons pour plusieurs fêtes de l'année, et il composa des oraisons[42] pour un sacramentaire. Mais c'étaient là des pièces dont on ne pouvait se servir que lorsqu'elles avaient été approuvées par les évêques, et qui supposaient toujours l'ancien ordre de la Messe ; et les termes mêmes dont Gennade se sert en parlant de l'ouvrage de Musée, marquent l'usage gallican ; car pour dire qu'il avait fait des préfaces, il se sert du mot contestatio qui était l'expression des Églises des Gaules : Sed supplicandi et contestanti beneficiorum ejus[43]».

6 - Jean Cassien[44], disciple de saint Jean Chrysostome, qui le fit diacre à Constantinople, établit le Monastère de Saint-Victor à Marseille, et il y écrivit les livres des Institutions Cénobitiques, où il expose et loue les usages d'Orient qu'il suivait en sorte qu'il regardait le samedi comme une fête au lieu qu'on le jeûnait à Rome.

7 - On peut juger dans ce même temps que le Rite gallican n'a pas été celui de Rome, quand on considère que saint Innocent 1er, écrivant à Decentius, s'applique à justifier non seulement le jeûne du samedi, mais encore l'usage particulier de Rome de ne donner la paix qu'immédiatement avant la communion[45] et de ne réciter les noms des fidèles que dans le Canon, au lieu que l'usage des Églises des Gaules a été de donner la paix et de réciter les noms au temps de l'oblation avant le Canon, et de ne pas jeûner le samedi.

8 - On a enfin tout lieu de regarder l'ancien Ordre de la Messe gallicane comme venant des Églises d'Orient.
a) Par la conformité qu'on y trouve avec les Liturgies orientales.
b) Parce que nos premiers Évêques des Gaules ont été presque tous orientaux.
Saint Trophime, premier évêque d'Arles était le disciple de saint Paul[46] ; les Pères du Concile de Turin en 430 n'en doutaient pas. Saint Crescent, aussi disciple de saint Paul vient de l'Orient dans les Gaules, selon le témoignage de saint Épiphane et de Théodoret qui assure que dans l'Épître de saint Paul où on lit en Galatie[47], il faut lire en Gaule, ou entendre constamment la Gaule qui avait été une colonie de Galates[48]. Saint Pothin, évêque de Lyon, était Grec. Saint Irénée, son successeur, l'était aussi. Saint Saturnin, l'Apôtre de Toulouse, où il consomma son martyre, et qui est nommée Rome de la Garonne[49] ; et sans citer en particulier plusieurs autres Saints, La Lettre des Églises de Vienne et de Lyon aux Églises d'Asie et de Phrygie, donnée par Eusèbe[50], l'unique monument que nous ayons de la victoire de ces célèbres Martyrs qui souffrirent à Lyon l’an 177 de Jésus-Christ sous Marc-Aurèle, nous fait assez voir la grande relation qu'il y avait entre les Églises des Gaules et celles de l'Orient[51].
Tout cela peut suffire pour faire apercevoir l'origine de la Liturgie des Églises des Gaules ; car quand tous nos premiers apôtres auraient passé par Rome, d'où ils nous auraient été envoyés par les successeurs de saint Pierre, comme on le dit sur quelque tradition, cela ne les aurait pas empêchés de faire la Liturgie selon la Liturgie des Églises orientales, à laquelle l'Église de Rome ne s'opposait nullement.
 
Article Deuxième
DES LIVRES DE LA LITURGIE GALLICANE
QUI SONT VENUS JUSQU'À NOUS
1. Six monuments de la Liturgie gallicane
Nous avons six monuments de la Liturgie gallicane, savoir quatre missels, un lectionnaire et une exposition de la Messe.
Le Cardinal Bona avait indiqué deux de ces missels. Le Père Thomasi (depuis cardinal) en trouva un troisième, et il les fit imprimer tous trois à Rome en 1680 dans un même volume avec le Sacramentaire de saint Gélase ; et le Père Mabillon les fit réimprimer à Paris l'an 1685, dans son livre De la Liturgie gallicane.
Le premier de ces trois missels, que ces deux savants ont fait imprimer, était à Rome dans la bibliothèque de la Reine de Suède Christine[52]. Cette princesse l'avait acheté à Paris des héritiers d'Alexandre Pétau, conseiller au Parlement, qui l'avait eu lui-même des débris de la bibliothèque de l'Abbaye de Fleury, nommée communément Saint-Benoît-sur-Loire, laquelle avait été ravagée par les Huguenots en 1562. Il est à présent dans la bibliothèque du Cardinal Ottoboni. Une ancienne main inconnue, mais beaucoup plus récente que le manuscrit, l'avait intitulé Missale Gothicum, le Cardinal Thomasi l'a intitulé gothicum, soit gallicanum, et le Père Mabillon gothico-gallicanum, et avec cette raison que ce missel a été à l'usage de la Gaule Narbonnaise dont les Goths étaient les maîtres. Il dut par là être nommé gothicum, et l'on voit qu'il est gothico-gallicanum par les Saints des Gaules qui y sont, à savoir saint Saturnin de Toulouse, saint Ferréol et saint Ferjeux, martyrs de Besançon, saint Symphorien, martyr d'Autun, saint Léger, évêque de cette ville, et saint Martin de Tours. Il est encore plus clair que ce missel est gothique-gallican, et non pas espagnol, par les trois jours des Rogations avant l'Ascension. Il n'y a rien de plus récent dans ce missel que la fête de saint Léger, qui mourut en 678.
Le second missel a été intitulé Missale Francorum[53] par le Cardinal Thomasi après la remarque que le Père Morin avait faite longtemps auparavant. Ce missel était passé comme le premier de la bibliothèque de Saint-Benoît-sur-Loire dans celle de M. Pétau; et la Reine de Suède qui l'acheta, le porta à Stockholm, et de là à Rome. Le Père Morin avait vu ce missel à Paris chez M. Pétau, et il l'inséra dans son savant traité des ordinations, ce qui est à la tête de ce manuscrit sous ce titre «Ici commence les saintes ordinations». On ne prie dans ce missel que pour les Rois de France[54], et il n'y a que des Saints de France ; ce qui ne permet pas de douter qu'il soit gallican. Il met la collecte après la prophétie, et l'oraison avant l'oblation suivant le rite des Églises des Gaules. Mais on peut dire qu'il est encore plus romain que gallican. On y voit des oraisons gélasiennes. Les préfaces, à la vérité, y sont appelées contestatio comme au gallican; mais elles finissent comme au romain.
La prière Hanc igitur de la première Messe qui est pour les Rois de France, finit par les mots Placatus accipias («Reçois, donc, cette oblation») comme elle finissait avant que saint Grégoire eut ajouté ceux-ci Diesque nostros («Et de nos jours») ; et le Canon qui est à la fin, contient l'addition de saint Grégoire Diesque nostros
Le Père Morin avait cru que ce missel était du 6ème siècle, mais le Père Mabillon l'a placé au 7ème, et cela pour deux raisons, dont la principale est qu'on y prie pour plusieurs rois et princes des Francs[55]. Quelque respect que j'ai pour ces savants, je pense qu'il faut le reculer jusqu'au milieu du 8ème siècle, sous Pépin, ou au commencement du règne de Charlemagne. Les évêques de France pour lesquels le rite de l'ordination a été mis à la tête de ce manuscrit, ne s'avisaient pas avant cette époque d'emprunter tant de choses au Rite romain; et la prière pour plusieurs rois convient aux premières années du règne de Charlemagne, parce qu'il régna durant trois ans avec son frère Carloman, à savoir depuis 768 jusqu'en 771.
Le troisième missel aussi indiqué par le Cardinal Bona[56] est à Rome dans la Bibliothèque Vaticane[57] où il fut porté avec beaucoup d'autres livres à la Bibliothèque Palatine ; et il y a lieu de croire que ce missel vient, comme les précédents, de la bibliothèque de Saint-Benoît-sur-Loire ; car les débris de cette bibliothèque furent partagés entre Jacques Bongars et Paul Pétau, conseiller au Parlement de Paris, père d'Alexandre Pétau, dont nous venons de parler, qui vendit ces manuscrits à la Reine de Suède : Bongars mourut à Paris en 1612 ; et Jean Gruter, bibliothécaire de l'Électeur palatin acheta pour ce prince de l'héritier de Bongars tous ses livres qui avaient déjà été transportés à Strasbourg avant sa mort[58] mais la bibliothèque de l'Électeur palatin ayant été enlevée par le duc de Bavière, qui se rendit maître de la ville d'Heidelberg, l'an 1622, il donna la plus grande partie des livres de cette bibliothèque au Pape Grégoire XV. C'est ainsi que cette bibliothèque est passée à celle du Vatican, où il y a par conséquent un grand nombre de manuscrits qui sont venus de France. Celui dont il s'agit a été intitulé par le Cardinal Thomasi et par le Père Mabillon Gallicanum Vêtus, et il est véritablement gallican, quoique mêlé du Romain-grégorien au Vendredi-Saint. Il est dans le même ordre que le Gothico-gallican. On y voit des oraisons après les noms (post-nomine), après la paix au temps de l'Oblation des préfaces intitulées contestatio ou immolatio des oraisons entre le Canon et le Pater, et les bénédictions avant la communion. Tout cela est du Rite gallican, et paraît antérieur à la réception du Rite romain en France; mais on dit aux oraisons du Vendredi-Saint : «Prions pour les rois très chrétiens»; ensuite : «Jette dans Ta bonté un regard favorable sur l'Empire romain» ; j'apprendrai volontiers comment la prière pour l'Empire romain a pu convenir aux Français[59] avant que Charlemagne eut été couronné empereur, c'est-à-dire avant l'an 801.
Le quatrième monument de la Liturgie gallicane est un lectionnaire écrit depuis plus de mille ans, que le Père Mabillon trouva dans le Monastère de Luxeuil en Franche-Comté, et qu'il a donné avec des notes dans les livres sur la Liturgie gallicane[60].
Le cinquième monument est le missel que ce savant bénédictin trouva au Monastère de Bobbio. Ce manuscrit est de pareille antiquité, il n'a pas de titre, et il contient les messes de l'année ; il crut devoir l'intituler Liber Sacramentorum Ecclesia Gallicana, ou plus simplement Sacramentarium Gallicanum[61], et il le donna dans le premier tome de son Museum ltalicum[62].
Bobbio en Lombardie dans le duché de Milan, est le célèbre monastère bâti par saint Colomban, dont l'église sert de cathédrale à l'évêque de ce nom qui est suffragant de Gênes. Le manuscrit est en lettres mérovingiennes, et il est écrit, comme l'on croit, vers le milieu du 7ème siècle. Ce pourrait être une copie d'un semblable livre porté par saint Colomban de Luxeuil à Bobbio, où il alla se retirer et finir ses jours ; mais il n'est pas possible d'assurer dans quelle église ce sacramentaire a été en usage, quoiqu'il contienne beaucoup de choses communes au Rite ambrosien et gallican, comme la prophétie avant l'Épître, les noms des fidèles et la paix annoncée au temps de l'Oblation, il a cependant des marques spécifiques du gallican, telles que les oraisons «après l'Agios», après la prophétie», «après la bénédiction», «après la prière» et les préfaces qui sont toujours intitulées contestatio et immolatio ; mais le Canon est entièrement romain grégorien, si ce n'est qu'aux communicantes[63] (participants à une même communion) après Cosme et Damien, on lit «Hilaire, Martin, Ambroise, Grégoire, Jérôme, Benoît et tous Tes Saints qui à travers le monde entier ont souffert le martyre à cause de Ton Nom, Seigneur». Je ne sais comment on pouvait accommoder ce Canon romain qui renferme les deux memento des vivants et des morts, avec le Rite gallican qui plaçait la récitation des noms avant l'Oblation ; aussi quelquefois ces oraisons intitulées post nomina et ad pacem ne sont-elles autre chose que des secrètes semblables à celles du Missel romain.
Quoi qu'il en soit, il faut conclure de là qu'avant Pépin et Charlemagne, il y eut des monastères qui prirent le Canon romain-grégorien sans abandonner le reste du Missel gallican. Il convenait assez à saint Colomban d'emprunter quelque chose de Rome : il avait été ami de saint Grégoire le Grand, et il ne le fut pas moins de Boniface IV qui tint le Saint Siège en 607, et à qui il écrivit des lettres et donna des avis solides avec beaucoup de force et de liberté. On a encore une de ses lettres à saint Grégoire, et deux à Boniface IV.
Le sixième monument est une Exposition de la Messe par saint Germain de Paris, ou plutôt un extrait de deux lettres de ce saint évêque[64] qu'on a trouvé dans le Monastère de Saint-Martin d'Autun[65], et que dom Edmond Martène et dom Ursin Durant ont donné dans le 5ème tome du Trésor des anecdotes. On ne voit rien jusqu'à présent qui nous exposât dans un si grand détail l'ordre de la Messe gallicane. Saint Germain écrivait au milieu du 6ème siècle ; il était d'Autun[66] et saint Agrippin, évêque de la ville le fit diacre l'an 533, prêtre l'an 536, et ensuite abbé de Saint-Symphorien.
Il fut, enfin, évêque de Paris l'an 555 : il allait souvent faire des voyages à Autun, et il est assez naturel qu'on y ait trouvé ces manuscrits plutôt qu'ailleurs. Il n'y a rien dans cet écrit qui ne convienne au temps de ce Saint, à ce qu'on voit dans les cinq monuments dont on vient de parler, et à ce que dit saint Grégoire de Tours des usages de son temps. On peut aussi remarquer pour preuve de son antiquité, que le symbole qu'on dit à la Messe en Espagne en 589, et quelque temps après en France, n'y est pas, que la consécration se faisait dans la patène, et que la fraction de l'hostie y est marquée avant le Pater, ainsi qu'elle se faisait dans toutes les Églises d'Occident avant saint Grégoire le Grand[67]. L'extrait de ces deux lettres contient beaucoup de sens allégorique, et la seconde revient de temps en temps à ce qui a été dit dans la première[68]. C'est pourquoi pour mieux apercevoir l'ordre du Rite gallican, nous mettrons ici ce que cet extrait contient de littéral, sans les allégories et les répétitions ; et pour le faire plus fidèlement, on y laissera presque tous les solécismes qui s'y trouvent par l'ignorance de l'abréviateur ou du copiste[69].
 
Article Troisième
ORDRE DE LA MESSE GALLICANE[70]
Ce petit traité de saint Germain nous apprend plusieurs particularités de la Messe gallicane qu'on ignorait, et nous donne lieu de regarder plus exactement ce que nous en connaissons.
COLLECTE APRÈS LA PROPHÉTIE
1 - Dom Mabillon et dom Thierri Ruinart, qui se sont appliqués à la recherche et à l'éclaircissement des monuments de la Liturgie gallicane, prenaient toujours le mot de prophétie pour signifier la première leçon, et l'on voit ici que ce mot signifie le cantique du Benedictus, qui se dit avant les lectures.
2 - Ces mêmes auteurs plaçaient après la leçon la collecte après la prophétie, au lieu qu'elle se disait après le cantique du Benedictus. C'est pourquoi les termes mêmes du Benedictus entraient dans la collecte comme une espèce de paraphrase, ainsi qu'on le voit à la Messe de Noël :
«Tu nous as suscité un Sauveur, étant né dans la maison de David... C'est pourquoi, maintenant, nous Te supplions, dans les entrailles de Ta miséricorde, de Te montrer à nos esprits... afin que nous puissions en suivant le droit chemin trouver la voie de la paix, et Te servir avec sagesse !»
et à la Messe de Pâques[71] :
«Ô Dieu souverain et tout-puissant, Toi qui as suscité pour nous une corne de salut par le mystère de Ta Croix afin de nous élever jusque dans les hauteurs de la maison royale de David... accorde-nous de Te servir, Seigneur, dans la sainteté de la justice...»
On peut voir la même chose dans plusieurs autres Messes des dimanches[72] :
3 - Le Père Mabillon[73] a cru que par ces mots collectio post precem[74], il fallait entendre «après l'hymne : Benedicite», mais ce cantique n'est pas une prière. Et saint Germain nous apprend qu'après l'Évangile et l'homélie les diacres faisaient sur le peuple et sur les catéchumènes des prières qui sont intitulées de prece, après lesquelles le prêtre disait une collecte. «Les Lévites prieront pour eux, et le prêtre dira une collecte», et voilà ce qu'on entend par collectio post-precem.
Avec ces monuments comparés ensemble, et ce qu'on trouve dans les ouvrages de saint Grégoire de Tours, qui écrivait peu d'années après saint Germain de Paris, on peut exposer assez exactement l'ancien ordre de la Messe gallicane, et c'est ce qu'on va faire.
INTROÏT
La messe commençait par une antienne. Saint Germain donne ce nom à l'introït ; et il l'intitule de praelegere, parce que sans doute c'était l'antienne qui précédait les lectures. On voit par le Concile d'Agde tenu en 506 que les Églises des Gaules chantaient des antiennes : «Le service divin doit se célébrer partout de la même manière. Après les antiennes, les évêques ou les prêtres doivent lire les collectes[75]». Il semble que c'est l'antienne de l'introït que le premier des chantres[76] entonna, lorsque les envoyés de Clovis, qui marchait contre Alaric, entrèrent dans l'église de Saint-Martin de Tours : «Pendant qu'ils entraient dans la basilique, le primicier entonna tout-à-coup cette antienne : Seigneur, Tu m'as revêtu de force pour la guerre, et Tu as abattu sous moi ceux qui s'élevaient contre moi[77]. Ce qu'entendant le chant du psaume[78]...».
GLORIA
Saint Germain fait entendre qu'on disait le Gloria Patri après l'antienne de l'introït : « L'on ajoute gloire en l'honneur de la Sainte Trinité, et l'on doit l'inférer de ces paroles de saint Grégoire de Tours : «Et voici qu'un chœur de voix s'avançait dans la basilique en chantant des psaumes Et lorsque après le Gloria Patri en l'honneur de la Sainte Trinité, le chant eut cessé[79]...»
Le Gloria Patri se disait dans les Gaules comme à présent selon saint Grégoire de Tours : le «Comme il était au commencement» se disait aussi suivant le canon 5 du Concile de Vaison tenu en 529.
Selon saint Germain le diacre indiquait, ici, le silence ; saint Grégoire de Tours parle aussi du silence du diacre, sans marquer en quel endroit de la Messe et saint Césaire d'Arles fait entendre que le diacre avertissait plusieurs fois de garder le silence, ou de se mettre à genoux[80].
Le prêtre saluait le peuple en disant : «Le Seigneur soit toujours avec vous», et tous lui répon-daient : «Et avec ton esprit».
AGIOS
Saint Germain place, ici, le titre des Aius. On lit Aios dans le Sacramentaire de Bobbio[81], et l'on voit bien que c'est ainsi qu'on prononçait le mot Agios. On chantait en grec et en latin Agios o Theos, Sanctus Deus.
KYRIE
Trois enfants de chœur chantaient ensemble Kyrie eleison que le 2ème Concile de Vaison avait ordonné de répéter plusieurs fois : «Selon la pratique de Rome, d'Orient et de toute l'Italie, on chantera souvent dans nos églises le Kyrie eleison afin d'exciter la contrition. On le chantera à la Messe, aux laudes et aux vêpres On doit de même, dans toutes les Messes du matin, dire trois fois Sanctus, ainsi que cela se pratique pour les Messes solennelles[82]».
BENEDICTUS
Après l'Agios et le Kyrie on chantait le cantique du Benedictus Dominus Deus Israël, qui est appelé la Prophétie de Zacharie. Le célébrant évêque ou prêtre l'entonnait : «Comme l'évêque Palladius commençait à entonner la prophétie[83]» dit saint Grégoire de Tours, et le clergé à deux chœurs continuait les versets alternativement : «L'Église chantait à voix alternées» dit saint Germain.
Le Sacramentaire de Bobbio met le Gloria in excelsis, avec ce titre Gloria ad Missam decantanda («Le Gloria doit être chanté à la Messe», mais ce ne devait être que dans quelques églises où l'on avait pris le Canon romain[84] Saint Césaire d'Arles[85] et saint Aurélien d'Arles[86] nous apprennent qu'on le chantait aux laudes, et selon saint Grégoire de Tours, on le chantait à la Messe après l'Oblation, à cause qu'un paralytique recouvra tout à coup la santé[87] et on le chanta en d'autres occasions pour de semblables sujets de joie[88].
COLLECTE APRÈS LA PROPHÉTIE
Tous les missels ou sacramentaires gallicans marquent une collecte que le prêtre devait dire après le Benedictus : collectio post prophetiam («collecte après la prophétie») et cette collecte paraphrasait quelques mots du Benedictus, ou y faisait allusion, comme on vient de le remarquer.
LEÇONS DE L'ÉPÎTRE
La collecte était suivie de deux leçons, l'une était tirée des Prophètes et l'autre des Épîtres de saint Paul : «Les clercs ayant placé trois livres sur l'autel : les Prophètes, l'Apôtre, les Évangiles, convinrent de lire chacun à la Messe le passage qu'ils auraient trouvé à l'ouverture du livre[89]»
Au temps pascal, elles étaient tirées des Actes des Apôtres et de l'Apocalypse et aux fêtes des Saints on lisait leurs actes, qui semblent tenir lieu d'une leçon, à en juger par divers endroits de saint Grégoire de Tours : «On avait achevé la lecture de la passion du grand martyr Polycarpe[90]». Le four de la fête, comme le peuple était présent et qu'on lisait les miracles de sa vie[91]». «Un jour qu'assis sur sa cathèdre, il écoutait les leçons prescrites par le saint canon[92]».
A en juger aussi par le Lectionnaire de Luxeuil et par le Sacramentaire de Bobbio, où l'on ne voit aux fêtes des Saints qu'une leçon avant l'Évangile, au lieu qu'il y en a deux aux autres Messes.
Selon saint Germain de Paris on ne chantait rien entre la leçon et l'Épître. Le Micrologue témoigne qu'aux églises où l'on avait retenu l'usage de lire une prophétie avant l'Épître, on ne chantait rien entre les deux : «On lit deux lectures à la suite, comme à Noël[93]».
Il faut qu'il y ait eu quelque variété sur ce point dans les églises des Gaules, car le Lectionnaire de Luxeuil marque à la Messe de Noël[94] entre la leçon d'Isaïe et le Cantique de Daniel, c'est-à-dire le Cantique des Trois Enfants dans la Fournaise[95], mais cela ne se trouve qu'à cette Messe[96] et saint Germain marque le cantique Benedicite, qu'après les leçons, et il ajoute qu'entre cette hymne appelée bénédiction et l'Évangile, il n'y avait que le répons[97].
A Paris le répons était chanté par les enfants de chœur : «Qui est chanté par trois petits enfants» et il paraît qu'à Tours un diacre l'avait chanté à la Messe à laquelle le Roi assistait[98]. On finissait le répons, en chantant agios en signe de la joie qu'allait donner la lecture de l'Évangile. En Espagne, au contraire, le 4ème Concile de Tolède voulut qu'on chantât l'Évangile immédiatement après l'Épître.
PROCESSION DE L'ÉVANGILE
L'Évangile était porté processionnellement par le diacre[99] et dès qu'il l'annonçait les clercs chantaient «Gloire à Toi, Seigneur» ou comme on lit dans Grégoire de Tours «Gloire au Dieu Tout-Puissant[100]». Il était accompagné quelquefois de 7 céroféraires et quelquefois de 5[101]. On peut remarquer à ce sujet qu'on distingue à Saint-Martin de Tours les principales fêtes par sept et par cinq chandeliers. Et le chœur chantait de nouveau le Sanctus[102], et l'évêque prêchait, ou bien on lisait des homélies des Saints, pour expliquer l'Évangile qui avait été lu[103].
LITANIES
Après l'homélie les diacres faisaient des prières pour les assistants et en particulier pour les catéchumènes, de même qu'on le voit dans la liturgie des Constitutions Apostoliques, et ces prières étaient suivies de la collecte que faisait le prêtre, intitulée dans tous les missels gallicans : collectio post precem (pour le peuple[104]).
RENVOI DES CATÉCHUMÈNES
Le diacre indiquait le renvoi des catéchumènes. Saint Grégoire de Tours n'en fait aucune mention ; peut-être n'y en avait-il point dans son église, mais il dit qu'on faisait sortir ceux qui étaient privés de la communion : «Après que l'on eut offert les dons sur l'autel, l'évêque Nizier dit : 'On n'achèvera pas ici, aujourd'hui, le sacrifice de la Messe à moins que ne sortent ceux qui sont privés de la communion'[105]». Le Concile de Lyon vers l'an 517 mettant en pénitence un homme et une femme, leur permet d'assister aux offices jusqu'à l'oraison du peuple qu'on lit après l'Évangile. Cette prière désigne, me semble-t-il; la collecte post-precem.
LA MESSE DES FIDÈLES
Les seuls fidèles demeuraient dans l'église, et l'on indiquait de nouveau le silence : «l'ordre est donné de faire spirituellement silence» dit saint Germain.
La messe des fidèles commençait par une monition faite par le célébrant, intitulée Prefatio Missae (Préface de l'offertoire). Le Père Mabillon a parlé de cette préface comme du commencement de tout l'office et il l'a placée ensuite après le Kyrie et l'hymne des Anges - il devait dire l'hymne prophétique : Benedictus - : «A ces choses succédait la préface». Mais il est évident que cette préface doit être placée plus bas et qu'elle est le commencement de la messe des fidèles. Cela est clair par les messes de Noël et de Pâques qui sont dans le Missel gothique-gallican qu'il a données lui-même, où tout l'ordre de la Messe est exposé plus en détail que dans les autres : «Ordre de la Messe du Jour de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, collecte post-precem» c'est celle qui se faisait après l'Évangile et l'homélie, comme on vient de le voir. On voit ensuite la préface ou le commencement de la messe des fidèles qui est une monition pour les porter à demander la grâce du Mystère du Jour.
«Jour sacro-saint de la bienheureuse Nativité.., où le Dieu Tout-Puissant, Qui a endossé notre nature terrestre et fragile, prions-Le instamment, bien-aimés frères, de nous instruire par sa parole et sa présence, nous qu'Il visite par sa Naissance corporelle[106]». Cette monition était suivie de la collecte qui y répondait : «Ô Dieu, riche en miséricorde, Tu nous joins à la vie de Ton Fils, nous qui étions morts par nos péchés». Après viennent les collectes post nomina et ad pacem.
Ce qui a trompé le Père Mabillon, c'est qu'à quelques Messes, telles que celle de Saint-Étienne, il n'y a rien avant la préface de la messe, mais il est visible que ces messes-là ne contiennent que les parties de la messe des fidèles. Cette préface ou monition accompagnée d'une collecte qui y répond et qui est quelquefois intitulée collecte ant nomina (avant les noms), précédait immédiatement l'oblation.
SONUS
Les fidèles devaient offrir du pain et du vin tous les dimanches ainsi que le 2ème Concile de Mâcon l'ordonnait et dès qu'on portait sur l'autel ce qui devait y être offert, on chantait une antienne ou un cantique que saint Germain appelle sonus, peut-être à cause qu'il en compare le chant au son des trompettes d'argent qu'on faisait retentir dans l'Ancienne Loi au temps de l'oblation.
On voit dans l'écrit de ce Saint porter l'oblation à l'autel en chantant avec pompe : «Le Sonus qui est chanté pendant la procession des Dons». Un diacre portait aussi de la sacristie à l'autel une boîte en forme de tour, dans laquelle était la Sainte Eucharistie : «Le diacre, ayant pris la tour qui renfermait le Mystère du Corps du Christ afin de le porter à l'autel[107]». Dom Ruinart a remarqué qu'on lisait dans tous les manuscrits mysterium et non pas ministerium, comme dans les imprimés, ce qui ne laisse pas lieu de douter qu'on ne portât à l'autel l'Eucharistie, ainsi que saint Germain le fait entendre ; et c'est là, peut-être, la vraie cause de la grande vénération que le peuple fait paraître dans les Églises d'Orient, au temps de l'Oblation.
Les Dons offerts étaient couverts d'un voile assez grand pour couvrir et les Dons et tout le dessus de l'autel : «Lorsqu'après avoir déposé sur l'autel les Saints Dons on eut couvert d'un voile, suivant l'usage, le Mystère du Corps et du Sang du Christ[108]» dit saint Grégoire de Tours, «déjà l'autel, chargé des offrandes, était couvert d'un voile». Saint Germain ajoute qu'il était orné d'or et de pierreries, il ne devait pas être transparent, mais assez épais pour dérober absolument aux assistants la vue des Dons sacrés.
Saint Grégoire de Tours rapporte qu'un homme ayant donné un voile précieux, il fut défendu de s'en servir à cause qu'il était transparent : «Quant au voile, comme il est mince et transparent, qu'il ne soit pas placé sur les offrandes de l'autel, parce qu'il ne peut couvrir suffisamment le Mystère du Corps et du Sang du Christs[109]».
INVOCATION
On invoquait la Toute-Puissance de Dieu sur les Dons. Saint Germain dit que l'Ange de Dieu y descendait : «L'Ange de Dieu descend sur l'autel, comme sur un tombeau». Selon quelques anciens missels manuscrits de France, on invoquait l'Ange du Grand Conseil. On lit dans les missels manuscrits de Clermont et dans les premiers imprimés : «Qu'il descende, nous T'en prions, Père Tout-Puissant, Ton Verbe consacré, que descende l'Esprit de Ta gloire inestimables[110]». Et le Micrologue dit qu'on a tiré de l'Ordre gallican la prière Veni Sanctificator[111].
DIPTYQUES
L'Oblation finie on faisait mémoire des vivants et des morts, dont les noms étaient écrits sur des tables (qu'on appelait diptyques) et ces noms étaient suivis de la prière intitulée collecte post nomina.
BAISER DE PAIX
Les fidèles se donnaient le baiser de paix et le prêtre faisait sur eux la prière collecte ad pacem. Une lettre de saint Loup, évêque de Troyes et de saint Euphrone, évêque d'Autun écrite vers l'an 454 à Talaise, évêque d'Angers, nous donne lieu de remarquer, touchant la paix, que les sous-diacres devaient se la donner à la sacristie (apparemment à la porte où ils se tenaient) et non pas à l'autel, où il ne leur était permis d'aller que pour présenter les palles au diacre ou pour recevoir ce qu'il fallait remporter.
PRÉFACE
La collecte ad pacem était suivie de la préface qui était intitulée contestatio, et quelquefois immolatio. II y en avait de propres pour toutes les fêtes, et même pour toutes les Messes.
SANCTUS
Le Sanctus terminait la préface comme dans le Rite romain. Le Concile de Vaison[112] ordonna de le chanter à toutes les Messes, soit de carême, soit des morts et il était chanté par tout le peuple : «La préface terminée, tout le monde chante Saint, Saint, Saint ! à la louange du Seigneur[113]», dit saint Grégoire de Tours.
LE CANON
Le canon était intitulé collecte post sanctus. Il était ordinairement fort court, et composé sur quelque circonstance qui amenait «Qui la veille» ou «Lui-même, en effet, la veille du jour...». A une Messe des dimanches qu'on répétait souvent, on lit simplement sous le titre post sanctus, ces mots : «Il est saint parmi les Saints, Il est béni sur la terre Notre-Seigneur Jésus-Christ, Lui qui la veille». Les autres paroles ne sont point écrites dans aucun des quatre missels gallicans. On sait seulement qu'en les lisant on faisait le signe de la Croix sur les Dons suivant la coutume universelle de l'Église : «Lorsqu'arriva le moment où, suivant la coutume catholique les Saints Dons devaient être bénis par le signe de la Croix[114]». C'est tout ce qu'on sait des paroles que le même auteur appelle sacrées[115]. Elles sont suivies du titre post secreta ou post mysterium, qui contient quelquefois une invocation de l'opération du Saint-Esprit : «Dès qu'il eût prononcé les paroles sacramentelles... Jette un regard favorable sur les Dons posés sur Ton autel et couvre tous ces Dons de l'ombre de l'Esprit de Ton Divin Fils[116]» quelquefois une simple prière : «Tu es le mystère pour notre salut, notre récompense, enseigne-nous la persévérance, comme Tu nous as enseigné Ta doctrine, pour nous libérer par cette Oblation» quelque fois la mémoire des Mystères : «Faisant mémoire de la Passion du glorieux Seigneur, de Sa Résurrection des enfers, nous T'offrons, Seigneur, cette Offrande sans tache, cette Offrande raisonnable, cette Offrande non sanglante» et quelquefois un acte de foi : «Nous croyons, Seigneur, que nous avons été rachetés dans cette fraction de Ton Corps et par l'effusion de Ton Sang. Nous croyons, Seigneur, en Ta venue et proclamons Ta Passion. Ton Corps a été rompu pour la rémission de nos péchés». Ces mots «Tu es le Mystère», pouvaient faire entendre que dans la formule des paroles sacrées on lisait «Mystère de foi», comme à présent, et ce qu'on lit dans saint Germain ne laisse aucun lieu de douter qu'on ne prononçât ces mots. Ces autres : «Dans la fraction de Ton Corps, il a été rompu pour la rémission de nos péchés» donnent lieu de croire qu'après «Ceci est Mon Corps», on disait «Qui est rompu pour vous et pour beaucoup en rémission des péchés» comme dans plusieurs Liturgies orientales.
FRACTION DU PAIN
Après le post secreta on faisait la fraction de l'Hostie et le mélange dans le calice. Saint Germain nous avertit que cette fraction et ce mélange renfermaient de grands Mystères : «Dans les temps anciens les saints Pères tenaient la fraction et l'immixtion du Corps du Seigneur pour de très grands Mystères[117]».
Ce Saint ajoute que pendant que le prêtre faisait la fraction, le chœur chantait une antienne.
NOTRE PÈRE
Les Mystères étaient terminés par l'oraison dominicale précédée d'une petite préface semblable à la nôtre, mais dont les termes étaient variés presque à toutes les Messes : «Enseignés par le Divin Magister et instruits par Ses enseignements salutaires, nous osons dire», ou «Non, par nos mérites, Père Saint, mais obéissant à Jésus-Christ Ton Fils, nous osons dire».
LIBERA NOS
Après l'Oraison dominicale, le libera nos est aussi en divers termes presque à toutes les Messes : «Délivre-nous, Dieu Tout-Puissant de tous les maux et établis-nous dans les œuvres bonnes. Éloigne-nous des vices et remplis-nous de vertus» ou «Délivre-nous, Dieu Tout-Puissant, des maux présents et futurs. Délivre-nous des périls, des infirmités, des scandales et prépare-nous à toute œuvre bonne, par le Bon et Béni Notre Seigneur».
BÉNÉDICTION DES FIDÈLES
Ici les évêques donnaient la bénédiction solennelle à l'Assemblée, de la manière qu'ils la donnent encore, aujourd'hui, à Auxerre, à Sens, à Paris, et comme ils la donnaient il y a 150 ans dans toutes celles dont j'ai vu les pontificaux. Saint Germain nous apprend que de tous temps les prêtres la donnaient aussi, mais avec une formule beaucoup plus courte. Plusieurs années avant saint Germain, les évêques ne permettaient pas aux prêtres de bénir le peuple dans l'église. Le Concile d'Agde en 506 le leur défendit : «Il est absolument interdit au prêtre de donner la bénédiction au peuple dans l'église[118]».
C'est pourquoi le Concile d'Orléans en 511 ordonnant que le peuple ne sortirait point de l'église qu'après la solennité de la Messe, c'est-à-dire après le Pater, comme on le voit par ces paroles : «Que le peuple ne se retire pas avant que la Messe soit terminée», ajoute que : «Si l'évêque y est, le peuple recevra la bénédiction sacerdotale», mais il faut que quelques conciles particuliers qui ne sont pas venus jusqu'à nous, considérant que les prêtres ont l'honneur du Sacerdoce de même que les évêques, aient réservé seulement aux évêques la bénédiction solennelle, telle qu'elle est dans les pontificaux, et permis aux prêtres de donner une bénédiction moins solennelle. C'est ce que nous devons conclure des paroles de saint Germain qui viennent d'être citées.
COMMUNION
Après la bénédiction on donnait la communion. Il était permis aux laïcs[119], aux femmes mêmes[120], d'aller la recevoir au sanctuaire auprès de l'autel : «La jeune paralytique parvint toute seule jusqu'au saint autel pour communier, sans avoir personne pour la soutenir». On donnait encore, au temps de saint Grégoire de Tours, une particule de l'Eucharistie à la main[121] : «Prends une parcelle de l'Eucharistie et porte-la à ta bouche». Les femmes la recevaient aussi à la main. Le Synode d'Auxerre tenu vers l'an 578 exigeait trois choses des femmes qui voulaient communier : 1) De ne pas recevoir l'Eucharistie la main nue : canon 36, 2) De ne pas ce servir des palles de l'autel : canon 37, 3) De ne pas se présenter à la sainte table sans le dominical (c'était un voile que les femmes devaient porter sur la tête) : canon 42. Le Pénitentiel de Théodore que le pape Vitalien fit archevêque de Cantorbéry, l'an 668, dit que ce voile peut être noir[122].
Pendant la communion on chantait un psaume ou un cantique. Saint Aurélien qui fut archevêque d'Arles l'an 546 recommande cet usage : «Que tous communient pendant qu'on chante un psaume[123]». Mais on ne sait pas distinctement si l'on chantait quelques versets d'un psaume, ou un psaume entier, ou quelque cantique. Saint Germain de Paris contemporain de saint Aurélien, nous apprend seulement qu'on appelait tricanon ce qui se chantait pendant qu'on communiait : «On chante le tricanon signe de Foi universelle qui procède de la confession de la Trinité». Ce mot que je ne trouve nulle pet ailleurs, signifie apparemment un cantique en l'honneur des Trois Divines Personnes. Peut-être ne faut-il entendre par ce cantique que le Gloria Patri chanté après le psaume de communion. En effet, selon l'ancien usage de l'Église de Rome on chantait alors un psaume (du moins en partie) auquel on ajoutait Gloria Patri, addition qui ne se faisait pas pendant l'Offrande, quoiqu'on chantât aussi alors quelques versets de Psaumes.
 POST-COMMUNION
La Messe finissait par une oraison appelée consummatio Missae ou post communio, et cette oraison était quelquefois précédée d'une monition, comme on le voit dans l'exemple suivant[124] : POST COMMUNION.
POST-COMMUNION
«Nourris des mets spirituels, prions le Père, le Fils et l'Esprit-Saint, afin qu'après avoir mortifié les désirs de la chair, notre conversion spirituelle se fasse en toutes choses, par...»
CONSUMMATIO MISSAE
«Garde-nous, Seigneur, le don de Ta gloire, afin que, contre tous les traits du siècle présent, nous soyons munis des grâces de l'Eucharistie que nous recevons».
RENVOI
Après l'action de grâces le peuple était renvoyé par la formule qui était commune à la fin des assemblées de l'Église, du Palais et du Prétoire, comme nous l'apprend saint Avit, archevêque de Vienne, qui écrivait l'an 500.
Ceux qui se donneront la peine de comparer l'Ordre de cette Liturgie avec celles des Constitutions Apostoliques et les autres Liturgies orientales, seront persuadés que cet Ordre gallican ne vient pas de l'Ordre romain, mais de l'Ordre des Églises d'Orient, qui avaient tant de rapports avec nos Églises dès le second siècle, que nous ne connaissons les Martyrs de Lyon et de Vienne que par la lettre que ceux-ci avaient écrite en Orient, comme il a été déjà remarqué dans le premier article de cette dissertation.
Article Quatrième
DE QUELQUES USAGES DE L'ANCIENNE LITURGIE GALLICANE
QUI SUBSISTENT ENCORE A PRÉSENT
Quelque soin que prît Charlemagne après son père Pépin, pour faire recevoir dans tout son Empire le Missel romain purement et simplement avec autant d'exactitude qu’il le faisait suivre dans sa chapelle, il n'a pu empêcher que plusieurs Églises n'aient joint quelques usage du Rite gallican au Missel romain qu'elles prirent.
1. BÉNÉDICTION ÉPISCOPALE AVANT LA COMMUNION
Le plus considérable de ces usages est la Bénédiction solennelle que les Évêques donnaient en plusieurs Églises de France avant la Communion, entre l'Amen du Pater et le : «Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous». On ne peut pas douter que cette bénédiction ne soit un reste de l'ancienne Liturgie gallicane par les raisons que nous avons eu occasion de rapporter au premier tome de cet ouvrage et dans l'article précédent.
Il ne faut pas croire que cette Bénédiction vienne de l'ancien usage de l'Église de Rome, parce qu'on en voit les formules dans la plupart des exemplaires du Sacramentaire de saint Grégoire ; car ces formules ne furent insérées dans ces Sacramentaires qu'à cause qu'ils furent écrits pour servir à des Églises où elles étaient en usage. C'est ce que nous voyons clairement par les manuscrits du Sacramentaire grégorien que Grimoldus, Abbé de Saint-Gall en Suisse nous a donné dans sa collection au 9ème siècle ; car ce savant abbé, ayant voulu de son temps donner le pur Sacramentaire de saint Grégoire, n'inséra dans aucune Messe de ce Sacramentaire cette Bénédiction solennelle, mais il en renvoya toutes les formules dans le troisième livre de sa collection lequel ne contient rien qui n'eût été ajouté au Sacramentaire de saint Grégoire par les Églises de France ou d'Allemagne.
Une seconde preuve est qu'il n'y a point eu d'Églises qui se soient conformées plus exactement et plus fidèlement au Rite romain du temps de Charlemagne que l'Église de Lyon, parce que Leirad que ce prince mit sur le siège de cette Église, lui était tout à fait dévoué, et qu'il se fit un devoir et un mérite de ne rien admettre dans les Offices de l'Église de Lyon, que ce qui se pratiquait dans la chapelle royale, ainsi qu'il l'écrivit expressément à Charlemagne[125].
Or dans les anciens Pontificaux de Lyon écrits depuis Charlemagne il n'y avait point de Bénédiction épiscopale avant le Pax Domini. Feu M. de Saint George, Archevêque de Lyon, avait un de ces Pontificaux. M. Sigau, Évêque de Sinope qui a été longtemps Grand Vicaire de M. de Saint George à Lyon, et qui s'était parfaitement instruit du Rite lyonnais, m'apprit ce fait lorsque j'eus l'honneur de le voir à Vienne où il réside. On ne sait pas précisément depuis quel temps on a repris dans l'Église de Lyon les Bénédictions épiscopales ; mais on peut assurer qu'elles n'y ont pas été en usage durant plusieurs siècles, parce qu'on avait voulu se conformer entièrement au Rite romain dans cette Église.
Une troisième preuve que cette Bénédiction ne vient pas originairement du Rite romain, c'est qu'on n'en voit pas une seule formule dans le Sacramentaire gélasien.
On doit donc regarder cette Bénédiction solennelle que les Évêques donnent dans plusieurs Églises de France, comme un vrai reste de l'ancienne Liturgie gallicane.
La plupart des Évêques de France eurent si fort à cœur la conservation de cet usage si ancien et si respectable, que Drogon, Évêque de Metz, fils naturel de Charlemagne, fit insérer ces Bénédictions dans le beau Sacramentaire dont nous avons parlé, qui se conserve encore dans le trésor de la Cathédrale de Metz. Si un fils de Charlemagne en usa ainsi, les autres Évêques doivent être encore bien plus portés à conserver cet usage : aussi est-il très rare de trouver des Pontificaux de nos Églises jusqu'au temps de saint Pie V où cette Bénédiction ne soit pas. Si elle ne se donne pas à présent dans beaucoup d'Églises de France, ce n'est que parce qu'elles ont pris le Missel romain imprimé par ordre de ce saint Pape, ou qu'en faisant imprimer leur Missel, elles ont abandonné la plupart de leurs propres pratiques qui ne se trouvaient pas dans le Missel romain, ou enfin (et c'en est la cause la plus vraisemblable) que les Évêques de France se sont insensiblement accoutumés à se servir du Pontifical romain publié par les Papes successeurs de saint Pie, et à ne rien faire de tout ce qui n'était pas prescrit dans ce Pontifical.
Cette Bénédiction subsiste, cependant, en plusieurs Églises, comme à Sens, à Paris, à Auxerre, à Troyes, à Meaux, etc. On vient de voir qu'elle fut rétablie à Lyon. Elle l'a été depuis peu à Orléans par feu M. le Cardilan de Coaflin, lequel même, pour mieux conserver cet usage qui est si honorable aux Évêques, fit imprimer un Bénédictionnel exprès à ce sujet, c'est-à-dire un livre qui contient les formules de cette Bénédiction solennelle de l'ancienne Liturgie gallicane ; et il y a lieu d'espérer que plusieurs Évêques de France suivront un si louable exemple.
2. LECTURE DE LA PROPHÉTIE
Un autre usage de l'ancienne Liturgie gallicane qui subsiste encore à présent, c'est de lire une Prophétie, c'est-à-dire une leçon tirée de l'Ancien Testament, avant l'Épître. On ne peut pas douter que cet usage ne soit véritablement gallican par tout ce que nous avons dit ci-dessus ; il subsiste encore à présent aux quatre Messes de Noël dans les Églises de Reims, de Besançon, de Lisieux, d'Auxerre, de Soissons et de Limoges, ainsi que chez les Chartreux, les Prémontrés, les Carmes et les Dominicains ; et il a subsisté dans la plupart des Églises de France, ainsi que dans l'Ordre de Cîteaux jusque vers le commencement du 16ème siècle, comme on le voit dans leurs Missels. A la vérité, il y avait quelques Églises qui ne disaient pas la Prophétie à la dernière Messe de Noël, comme Embrun, Glandève, Autun et Langres et tel est encore à présent l'usage de l'Église de Sens. Dans l'Église de Vienne on en disait aux quatre Messes mais elles s'y disaient après l'Épître ; ce qui s'observe encore à présent dans cette Église, quoiqu'elle ait admis le Missel romain.
Cet usage certainement ne venait pas de l'Église de Rome, cette Église n'ayant jamais admis plusieurs lectures avant l'Évangile qu'aux Quatre-Temps et à quelques Féries du Carême, comme on le voit par tous ses livres liturgiques, soit anciens, soit nouveaux[126]. Aussi l'Église de Lyon qui, comme nous l'avons montré, prit entièrement le Rite romain sans y faire aucune addition, n'a point eu l'usage de ces Prophéties depuis Charlemagne.
3. PRIÈRES : ANNONCES DU PRÔNE
On peut regarder le Prône qui se fait si exactement en France aux grandes Messes de paroisse, comme un autre reste de la Liturgie gallicane, du moins quant aux prières qui s'y font pour toutes sortes d'états et de besoins, et quant à l'annonce des Fêtes et des Jeûnes[127]. Nous ne voyons par aucun des anciens monuments de l'Église de Rome qu'après l'Évangile et son explication ou l'homélie, on ait jamais fait de prières générales ; et nous voyons clairement par le Sacramentaire Gélasien que l'annonce des Fêtes, des Jeûnes, et même des autres choses qu'on voulait faire savoir à l'Assemblée, s'y faisait immédiatement avant la Communion. Selon la Liturgie de Saint-Germain on faisait des prières avant l'Offrande : ces prières sont, donc, celles qui se font aujourd'hui au Prône.
4. SUSPENSION DU SAINT-SACREMENT
Nous pourrions joindre au Rite gallican la coutume de suspendre le Saint Sacrement au-dessus du grand autel. Cet usage qui se conserva dans un grand nombre de Cathédrales et d'autres célèbres Églises de France, ne vient certainement pas de Rome où cela ne s'est jamais fait, mais plutôt de quelques Églises d'Orient ; car Énée, Évêque de Paris au 9ème siècle dans sa Réponse aux Grecs, rapporte l'endroit de la Vie de saint Basile, où il est dit que ce Saint, divisant l'Hostie en trois parties, en mettait une dans la colombe d'or qui était sur l'autel. C'est pour un semblable usage qu'on a lieu d'entendre que saint Perpétue, Évêque de Tours, laissa, parmi plusieurs autres vases, une colombe d'argent. Les anciennes coutumes de Cluny marquent plus clairement l'usage de ces colombes pour la suspension des saintes Hosties. Le P. Mabillon[128] vit dans la sacristie de Bobbio une ancienne colombe de métal qui servait autrefois pour conserver le Viatique et cet usage devait venir du Monastère de Luxeuil en Bourgogne, d'où saint Colomban passa à Bobbio. Mais ceci appartient plutôt au Rite gallican en général, qu'à la Liturgie gallicane.
5. CONCLUSION
Il est fâcheux qu'il soit resté si peu de choses d'une Liturgie si respectable par son antiquité, par ses auteurs et par les Églises qui l'ont observée ; mais en récompense, on peut dire qu'elle subsiste encore presque entièrement - du moins pour la forme par le moyen du Missel mozarabe : et c'est ce qu'on va voir clairement et en détail dans la Dissertation suivante...

 

 

 

[35]. Tirée de «l'Explication littérale, historique et dogmatique des cérémonies de la Messe...», t. II, Éd. Veuve F. Delaulne, 1716-1726. Il s'agit de la Quatrième Dissertation, p. 196 et s.
Les «Notes de la Rédaction» sont en grande partie empruntées aux 2 ouvrages suivants : Thibaut : L'Ancienne Liturgie gallicane... et Des Graviers : La Liturgie dans les œuvres de Grégoire de Tours. Cf. Bibliogr., vol 3 de ce numéro spécial, St Germain, p. 32 et 43.
[36]. Notes des Livres Carolins touchant l'Eglise des Gaules : «Elle (cette Église) depuis les premiers temps de la Foi demeurait dans la lien de la sainte religion, et se distinguait d’elle un peu - ce qui n'est pas contraire à la Foi - par la célébration des offices. Par le soin et l'activité de notre glorieux roi Pépin de bienheureuse mémoire et par la venue dans les Gaules du très révérend et très saint évêque de la ville de Rome Étienne, elle fut liée à cette dernière par la forme de la psalmodie, pour qu'il n'y eût pas de disparité dans ce domaine, puisqu'on avait une même ardeur à croire. C'était afin que celles (les Églises) qui étaient unies par la lecture sainte d'une seule et même sainte foi, fussent aussi unies par la tradition vénérable d'une seule et même psalmodie et que la diversité de la célébration ne sépare pas celles qu'avait unies dans la piété la foi unique...» L. 1, c. I 132 et 133. (NDLR)
[37]. «Des Missels très anciens et presque détruits par l’âge contenant l'Ordre de la Messe suivant la coutume gallicane, coutume qui a été en usage depuis les débuts de la Foi dans cette région occidentale jusqu'au moment où la coutume romaine - actuellement en usage - fut acceptée». (NDLR)
[38]. «Puisque la Foi est une, pourquoi des coutumes ecclésiastiques diverses ? Pourquoi une coutume pour la Messe dans la sainte Église romaine et une autre dans les Gaules ?» (NDLR)
[39]. De la Vie des Pères, chap. 17.
[40]. De la Gloire des Martyrs 1.I, chap. 86.
[41]. Histoire des Francs, 1; II chap. XXII.
[42]. Appelées souvent supplications dans les écrits des Papes saint Célestin, saint Léon et Virgile.
[43]. «Mais suppliant Dieu et éprouvant Ses bienfaits…»
[44]. Le Père Lebrun le fait naître à Athènes, alors que d'autres auteurs le font naître en Provence, ou bien en Palestine ou en Roumanie, alors que selon Gennade de Marseille, il est né à Serta en Gordyène (Des hommes illustres, LXIII) (NDLR).
[45]. Voici le texte de la lettre du Pape (chap. 1) : « Tu dis donc que certains requièrent que la paix soit donnée au peuple, ou que les prêtres se la donnent entre eux avent la confection des Mystères, lorsque de nécessité, la paix doit être indiquée (allusion è la formule : Que la paix du Seigneur etc.) après toutes les choses que je ne puis découvrir ; car par le baiser de paix, le peuple témoigne de son adhésion à tout ce qui a été fait dans l'accomplissement du Mystères». On trouve dans la déclaration du Pape un écho de la pensée de Tertullien, à savoir que le baiser de paix est le sceau de la Prière eucharistique, c'est-à-dire le sceau du sacrement de l'unité chrétienne qu'est l'Oblation de la Divine Liturgie (De la Prière, XIV). (NDLR).
[46]. Actes 20, 4 ; 21, 29. 2 Tim 4, 20.
[47]. 2 Tim 4, 9.
[48]. 2 Tim 4, 9. Également par saint Grégoire de Tours. C'est aussi l'interprétation des exégètes modernes, le Père C. Spicq, Joachim Jeremias, la Traduction Oecuménique de la Bible : au temps de saint Paul et jusqu'au 2ème siècle, les écrivains de langue grecque désignent la Gaule par le mot «Galatie» et pour désigner la Galatie ils disent «la Galatie qui est en Asie». (NDLR)
[49]. Missel gothico-gallican, fête de saint Saturnin. (NDLR)
[50]. Citée également par saint Grégoire de Tours. (NDLR)
[51]. Cf. La note de Baronius sur le Martyrologe Romain du 27 juin, la lettre de Marca à la tête de l'Eusèbe des Valois, et la 16ème Dissertation du Père Alexandre sur le 1er siècle. «On pourra voir quelque jour» écrit le Père Lebrun en note «une Dissertation sur l'origine des Églises des Gaules, si Dieu me permet que je donne les Dissertations que j'ai faites sur l’Histoire Ecclésiastique».
[52]. Conservé à la Bibliothèque Vaticane Cod. Reginae lat. 317. Cf. Bibliogr., vol 3 de ce numéro spécial, p. 16. (NDLR)
[53]. Conservé à la Bibliothèque Vaticane : Cod. Reginae lat. 857. Ce manuscrit ne contient que les prières de l'ordination, la bénédiction des vierges, celle des veuves, la consécration des autels, une messe pour les rois, une de saint Hilaire (apparemment pour l'église de Poitiers), trois du commun des Martyrs et une autre appelée «prières communes et oraisons avec canon». Cf. Bibliogr. vol 3 de ce numéro spécial, p. 18
[54] Il est à remarquer que «dans les diverses prières, il n'est jamais fait mention de l'Empire romain». (NDLR)
[55]. L'autre raison est de demander «la bénédiction pour plusieurs rois et non pour un seul». (Mabillon, Liturgie Gallicane, t. III p. 178). (NDLR)
[56]. Des Choses Liturgiques, t. I, c. II.
[57]. Conservé encore sous la cote : Palat. lat. 493. Édité par Mabillon dans sa Liturgia Gallicana (Paris 1685), par PL t. 339-382 ; Muratori, Liturgia romana velus (Venise, 1748, 2 vol. in-fol ; par Neale et Forbes The ancient Liturgies of the Gallican Church (Bunrtisland 1855). Cf. Bibliogr. vol. 3 de ce numéro spécial, p.16. (NDLR)
[58]. Le Père Mabillon avait appris ces particularités de Jacques de Givès homme fort intègre, Avocat du Roi à Orléans. Cf. la préface de ses livres sur la Liturgie gallicane. (Note de l'auteur).
[59] Le Père Mabillon s'est contenté de dire (1.3, p. 179) : «A cette époque où les provinces des Gaules existaient 'de par la droit romain'» ; mais on ne connaît aucun temps auquel tous tes rois de France les provinces des Gaules aient été soumises à l'Empire romain.
[60]. Le Lectionnaire de Luxeuil. Ce manuscrit n° 9427/ du fonds latin de la Bibliothèque Nationale, a été édité incomplètement par Mabillon dans son traité «De la Liturgie gallicane», liv. II. Il a été imprimé tel quel dans Migne, P.L. t. LXXII, 171 sq. Cf. Bibliogr., vol 3 de ce numéro spécial, p. 18 (NDLR)
[61]. Conservé à la Bibliothèque Nationale n° 13426 du fonds latin ; puis publié par Muratori, Liturgie Romaine, t. II, p. 775, puis Neale et Forbes, op. cité, p. 205 et par Migne, P.L. t. LXXII : p. 447-580, Cf. Bibliogr., vol 3 de ce numéro spécial, p.18 (NDLR)
[62]. Publié à Paris en 1687.
[63]. «Le mot communicantes» nous dit Pierre Lebrun dans un de ses ouvrages «signifie sans doute, ‘étant en communion’ ou ‘entrant en communion avec tous les fidèles’ puisque c'est ici le sacrement de l'unité. Mais comme ce terme communicantes n’est pas restreint, il signifie aussi la communion avec les Saints ; puisqu'il est de foi que nous avons l’usage d'être en communion avec eux, et d'être les membres d'un même corps. ‘L'Apôtre’, disait saint Hilaire de Poitiers à l'Empereur Constance nous ordonne de communier aux mémoires des Saints, mais toi, tu nous contrains à les condamner’. Communier aux mémoires des Saints, c'est en second lieu honorer leurs reliques et leurs tombeaux, qui sont souvent appelés leurs mémoires, parce qu'on les regardait comme autant de mémorials de leur sainteté, et autant d'autels sur lesquels on offrait la Divine Victime, pour y renouveler leur mémoire, en renouvelant celle du Christ, pour qui ils ont été immolés, et entrer en communion avec dans ce Saint Sacrifice».
[64]. Voir dans Présence Orthodoxe n° 20-21 et 34-35, leur étude critique et leur authenticité par Monseigneur Jean de Saint-Denis (Eugraph Kovalevsky) et Monseigneur Alexis Van den Mensbrugghe. (NDLR)
[65]. Autun, Bibli. Muni, Ms. (anciennement 184), fol. 114-122v. (NDLR)
[66]. Le Cointe, Ann. Eccl. Franc.; Dubois, Hist EccL Paris, t. II, c.5.
[67]. «A ces marques d'antiquité, je voudrais pouvoir ajouter celles que donne le Père Marlène du renvoi des catéchumènes et de la prière que faisait sur eux le diacre ; mais on voit encore durant longtemps le renvoi des catéchumènes avant le Canon dans plusieurs Églises. (Annal. Eccl . off. 3.c. 36)
[68]. Cf. Présence Orthodoxe n° 34-35, p. 21 sq. (Traduction R.P. Théologue de Foucauld et Agnès Darmar). (NDLR)
[69]. Pour la vie de saint Germain, cf., entre autres, Vie de saint Germain de Paris, par saint Fortunat, Présence Orthodoxe n° 34-35 p. 11 sq. (NDLR)
[70]. «Cet ordre que nous tirons principalement de saint Germain de Paris et de saint Grégaire de Tours ne doit pas être regardé comme tellement propre è toutes les églises de France, qu'il n'y eut entre elles quelque différence. Car on voit des oraisons différentes dans les quatre missels gallicans, il pouvait, par conséquent, y avoir aussi quelque rite particulier en diverses églises. On a soin de marquer ici ce qu'on peut en savoir à présent jusqu'à ce qu'on découvre quelque nouveau manuscrit qui apprenne d'autres particularités»
[71]. Liturgie gallicane p .190.
[72]. Sacramentaire gallican (Museum ltalicum) pp. 285, 287, 365, 370, 373.
[73]. Liturgie gallicane, pp. 190 et 251.
[74]. Post precem .(«Après la prière»), le Père Mabillon, Liturgie gallicane p. 190 et 251, entend par là l'Hymne des Trois Enfants, et il ajoute dans ses notes sur le Sacramentaire Gallican (p. 282), qu'il valait mieux entendre par Precem l'Hymne des Anges, mais cette conjoncture n'est pas plus heureuse, le Gloria et le Benedictus ne sont pas des prières (Note de l'auteur).
[75]. Canon 30.
[76]. Saint Grégoire de Tours l'appelle plus loin le primicier ; de nos jours nous le nommons le préchantre. (NDLR)
[77]. Psaume 7, 39-40.
[78]. Histoire des Francs, liv. II, chap. 37. Ce mot Psallentium signifie en cet endroit comme en plusieurs autres, le chant d'un psaume ou d'une partie d'un psaume, comme on le voit par le mot Psallentii, qui est dans le passage suivant. Cf. le Glossaire latin de Ducange sur ce mot, et le Glossaire de Pithou au tome II des Capitulaires de France donnés par Balure p. 736.
[79]. Gloire des Martyrs, liv. 1, chap. 24.
[80]. Appendice de saint Augustin, Sermon 282.
[81]. Museum Italicum pp. 281-282.
[82]. Canon 3.
[83]. Histoire des Francs, liv. VII, chap. VIII.
[84]. Il faut dire qu'on ne le chantait pas à la Messe, si on l'avait fait à l'office des laudes.
[85]. Règle p. 93.
[86]. Règle p. 110.
[87]. Miracles de saint Martin, II, 25.
[88]. Gloire des Martyrs, I. 63. (NDLR).
[89]. Histoire des Francs, liv. IV, chap. XVI.
[90]. Gloire des Martyrs, I, 86.
[91]. Gloire des Martyrs, 11, 49 (NDLR).
[92]. Vies des Pères, XVII 1 et 2 (NDLR).
[93]. Micrologue : célèbre traité de liturgie attribué à Yves de Chartres ou à Bernold de Constance, éd. pour la 1ère fois en France en 1510 et repris par Migne dans P. L. 151, col. 973-1022. Bonne éd. de Pamelius en 1565. Pour le passage cité cf. col. 52 (NDLR).
[94]. p.107
[95]. Ce cantique est en usage dans le Rite romain depuis un temps immémorial aux seuls samedis des Quatre-Temps, comme l'ont remarqué Walfrid et Bernon, et comme il paraît par les plus anciens antiphonaires ou graduels romains. Cf. le recueil de ces livres que le Cardinal Thomasi fit imprimer à Rome en 1691 sous ce titre : Anciens Missels, etc.
[96]. Dans son Ancienne Liturgie Gallicane, le Père Thibaut fait remarquer cependant que ce même lectionnaire le mentionne encore au dimanche dit de la Clôture des fêtes de Pâques (notre dimanche de Quasimodo) ; «Daniel avec la bénédiction, comme au premier Saint Jour de Pâques» (NDLR).
[97]. Sup. p. 125.
[98]. Grégoire de Tours : Histoire des Francs, L VIII, c.III : «Le Roi Gontran m'ordonna de faire chanter mon diacre, qui, la veille à la Messe, avait entonné le répons des psaumes».
[99]. Grégoire de Tours, loco citato, l. VIII, c. IV.
[100]. Ibid.
[101]. Les sept luminaires symbolisent les sept dons de l'Esprit-Saint. Quant au chiffre cinq, il symbolise les cinq plaies du Christ, symbolisés par les cinq clous que l'on place sur le Cierge Pascal, dans la nuit de Pâques. (NDLR).
[102]. La lecture terminée, l'Évangéliaire revient processionnellement au chant de «Saint, Saint, Saint» que chantent les clercs à la manière des Saints acclamant le Christ à la sortie des Enfers, ou à la manière des 24 Vieillards, jetant leurs couronnes devant l'Agneau en proclamant sa gloire, son honneur, sa puissance (Apocalypse 4, 10-11, cf. Lettre de Saint Germain) (NDLR).
[103]. Concile de Vaison en 529, canon 2. (NDLR).
[104]. Appelée aussi prière catholique. (NDLR).
[105]. Grégoire de Tours, Vies des Pères, XVII, 2
[106]. Notre secrète de la Messe actuelle de Noël a repris certains termes de cette préface aux fidèles. (NDLR).
[107]. Grégoire de Tours, De la Gloire des Martyrs, c. 86.
[108]. Grégoire de Tours, Miracles de saint Martin, 1. 2, c. 25.
[109]. Grégoire de Tours, Vies des Pères, c. II.
[110]. Imprimés en 1493.
[111]. Chap. 21.
[112]. Canon 3.
[113]. Grégoire de Tours, Miracles de Saint Martin, c. 14.
[114]. Grégoire de Tours, Vies des Pères, c. 16.
[115]. Grégoire de Tours, De la gloire des Martyrs I., c. 87.
[116]. Voir les six Messes des dimanches du Missel gothico-gallicanum.
[117]. Grégoire de Tours, De la gloire des Martyrs, I. 1, c. 87.
[118]. Canon 44.
[119]. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, I. 9, c. 3.
[120]. Grégoire de Tours, Des miracles de Saint Martin, 1. 2, c. 14.
[121]. Grégoire de Tours, Histoire des Francs, I. 10, c. 8.
[122]. Chap. 7, p. 7
[123]. Cod. Reg. part. 2. p. 112.
[124]. Missel gothico-gallicanum.
[125]. «Avec l'aide de Dieu, et sous réserve de votre accord, voici 'l'Ordo' liturgique établi dans l'Église de Lyon : conformément à nos pouvoirs, tout ce que l'Ordo exige pour la célébration de l'Office divin doit paraître, dans toutes ses parties, accompli suivant le rite du sacré palais».
[126]. Le P. Mabillon : «Liturgie gallicane» p 25 a cru voir au chapitre 52 du Micrologue que l'usage des deux lectures aux Messes de Noël venait de l’Église de Rome. Le Micrologue dit, à la vérité, dans ce chapitre qu'on fait deux lectures avant l'Évangile à la Fête de Noël, mais il ne dit pas que cela se fit à Rome. Au reste, cet ancien auteur décrit le Rite romain tel qu'il s'observait dans l'Église ou dans le Paris où il écrivait, et non pas tel qu'il s'observait à Rome même.
[127]. Cf. Place du Calendrier liturgique dans l'usage de l'Église orthodoxe de France. (NDLR).
[128]. Iter. Ital. p. 217