Qualité traditionnelle du rite des Gaules

 

Extrait de la commission liturgique, de 1968, présidée par Mgr Jean de Saint-Denis présentée au patriarcat roumain.

 

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La question qui fut posée par les professeurs de l’Institut russe de Saint-Serge de Paris : « Pourquoi le rite des Gaules et non le rite romain ? », est mal posée, car elle confond le rite occidental dont celui des Gaules fait partie, avec celui de Rome qui prédomine actuellement. Il est nécessaire de les distinguer nettement.

La messe romaine, suivant la juste remarque de Monseigneur Duchesne (« Origines du culte chrétien »), était la moins universelle, limitée à une ville[1]. M.W.C. Bishop constate le même fait dans son ouvrage « The primitive form of consecration of the Holy Eucharist » et parle du « cercle géographique réduit » de cette liturgie. Monseigneur Alexis van der Mensbrugghe en son « Missel orthodoxe, rite occidental » (1962) résume ainsi les travaux des liturgistes : « La tradition rituelle occidentale comporte depuis le IVe siècle deux variantes fondamentales, à savoir le rite gallican et le rite italique ». Et, en accord avec les autorités liturgiques telles que Monseigneur Duchesne, Dom Cabrol, l’archiprêtre E. Kovalevsky, il ajoute : « Le rite gallican constitue un prolongement de l’axe Palestine-Antioche-Constantinople, l’italique constituant l’axe Alexandrie-Rome-Aquilée ».

Le rite des Gaules et ses variantes mozarabes, celtes, milanaises couvrait presque la totalité de l’Europe convertie au Christianisme : Angleterre, France, Germanie rhénane, Belgique, Suisse, Espagne, Portugal et Italie du Nord.

Nous ne prétendons pas que la liturgie de la chaire apostolique des coryphées Pierre et Paul n’a pas influencé le rite occidental et la liturgie universelle. La Fête de tous les saints, la Commémoration des Morts des 1er et 2 novembre, le jeûne des Quatre-Temps, reviennent aux papes de Rome. De même, la Solennité de Noël du 25 décembre – séparée de l’Épiphanie, le 6 janvier – est un apport de l’Église romaine. À Constantinople, saint Grégoire le Théologien et saint Jean Chrysostome furent obligés de défendre en leurs sermons cette innovation, tandis que les Arméniens continuent à fêter la Naissance du Christ et son Baptême le 6 janvier.

Si nous analysons les manuscrits de l’ancien rite des Gaules, par exemple le « Missale gothicanum gallicanum », appelé aussi le « Sacramentaire d’Autun » (VIe au VIIIe siècles), nous verrons que de-ci de-là, les collectes, les préfaces sont tirées des sacramentaires léonien, grégorien. Le post-nomine de la « Missa Clausum Paschae » pour ne citer que lui, est une périphrase d’une collecte grégorienne, et la messe de saint Jean l’apôtre de la Porte Latine, fêté en mai, possède deux collectes et une Immolatio de saint Léon le Grand.

Mais, orthodoxes occidentaux et non romains, nous ne sommes point contraints d’adopter sans réserve des initiatives et des décisions de Rome.

 


[1] La ville de Rome