Critères de l'Orthodoxie de la liturgie

 

 

Extrait du livre "la Sainte Messe selon l'ancien rite des Gaules" du père Eugraph de 1956 réédité dans l'édition de Forgeville n°9.

 

[...]

Pour qu’une liturgie soit orthodoxe, elle doit se conformer à trois exigences :

  1. Être orthodoxe dogmatiquement, sans laisser de place à aucune idée étrangère ;
  2. Exprimer l’Orthodoxie en sa plénitude ;
  3. Plonger ses racines dans le sol apostolique-patristique[1].

Cette troisième condition nous oblige à souligner le double caractère de la liturgie : d’une part, sa stabilité complète — la liturgie est une aristocratie à laquelle convient une généalogie aussi noble que la succession apostolique — et, d’autre part, sa perpétuelle évolution, chaque époque lui apportant un changement, un enrichissement, une simplification, une retouche, une suppression. Elle est comparable à un arbre stable par le tronc, changeant par les feuilles et en mouvement dans ses branches. La messe de saint Jean Chrysostome nous fournit un exemple saisissant de ce double caractère.

Nous venons de parler des trois conditions nécessaires pour qu’une liturgie soit orthodoxe. La messe romaine actuelle peut nous apporter quelques exemples typiques qui feront ressortir en quoi elle est orthodoxe liturgiquement et en quoi elle ne l’est point.

La messe romaine remplit la troisième condition et plonge ses racines dans le sol apostolique-patristique ; elle est bien cette aristocrate qui a de la « race ». Mais elle ne répond pas aux deux premières : Orthodoxie dogmatique et expression de la plénitude orthodoxe. Si l’on voulait la rétablir dans l’esprit orthodoxe, il faudrait tout d’abord en éliminer tout ce qui n’est pas l’Orthodoxie ; double tache de purification et d’enrichissement. De plus, étant donné que cette liturgie a évolué en dehors de l’Orthodoxie, il conviendrait de n’en conserver que ce qui est conforme à l’évolution organique de l’Église universelle, en écartant ce qui procède d’une ligne d’évolution divergente.

Ainsi, le développement du culte de la Vierge au Moyen Age, l’épanouissement du calendrier en des fêtes telles que la Transfiguration (6 août) qui date de la Renaissance, Rapport théologique de la messe de l’Assomption de Pie XII, sont des acquisitions « orthodoxes ».

Par contre, la communion des fidèles sous une seule espèce, les messes basses et dialoguées sont étrangères à l’Orthodoxie, les fêtes « analytiques » du Christ (Sacré Cœur, Corpus Christi, etc.) peuvent être mises en doute.

Notons, en résumé, que si l’on ne saurait recevoir dans l’Orthodoxie cette liturgie telle qu’elle évolua en dehors de l’Église universelle, il ne saurait être davantage question de restaurer artificiellement l’ancien rite de Rome en faisant abstraction de l’évolution ultérieure.

 

 


[1] Nous parlons ici en liturgiste, car un Concile ou en général l’autorité ecclésiastique peut canoniquement, au nom de l’unité, aller très loin dans l’économie, exigeant seulement le minimum dogmatique et faisant totale abstraction des deuxième et troisième points (plénitude de l’Orthodoxie et origine apostolique).