Commission liturgique de 1968 : La voix apostolique

 

Commission liturgique présidée par Mgr Jean de Saint-Denis présentée au patriarcat roumain.

 

Le divin Paul, ayant enseigné avec vigueur aux fidèles les dogmes de la Révélation les exhorte au chapitre 14 de son épître aux Romains : « Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas, ne juge point celui qui mange, car Dieu l’a accueilli… Tel met de la différence entre les jours ; tel autre les estime tous pareils… Celui qui observe tel ou tel jour, l’observe en vue du Seigneur ; et celui qui mange, mange en vue du Seigneur, car il rend grâces à Dieu ; et celui qui ne mange pas, c’est en vue du Seigneur qu’il ne mange pas, et il rend aussi grâces à Dieu ». Saint Paul demande de ne pas « discuter les opinions » sur les questions qui peuvent varier suivant les individus et les groupes. « Le même cœur, la même bouche pour glorifier Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ », tolérance dans le reste, c’est-à-dire : manière de jeûner, de fêter, tout ce qui concerne la pratique liturgique.

Dans le chapitre 2 de son épître aux Colossiens, après avoir édifié les chrétiens sur Celui en qui habite corporellement la plénitude de la divinité, il écrit : « Dès lors, que nul de vous ne juge sur le manger et le boire, ou au sujet d’une fête, d’une nouvelle lune ou d’un sabbat ; ce n’est là que l’ombre… la réalité se trouve dans le Christ » (Col. 2, 16-17). Il est certain que Paul ne parle pas ici des rites divers – à cette époque, une large place était laissée à l’improvisation du célébrant – mais le principe est le même : distinction du contenu et de l’expression.

Et que dire, dans l’épître aux Galates, des paroles tracées en gros caractères par sa main inspirée, sur les circoncis et les incirconcis ! « Car la circoncision n’est rien, l’incirconcision n’est rien ; ce qui est tout, c’est la nouvelle créature. Paix et miséricorde sur tous ceux qui sont entrés sur ce canon » (Gal 6, 15-16).

Nous pensons donc qu’il n’est pas raisonnable de vouloir circoncire l’Occident par des rites orientaux, mais qu’il faut nous greffer sur le Canon principiel, « la nouvelle créature » en Christ ressuscité, par la puissance insaisissable et infinie de l’Esprit, à la gloire du Père. En effet, il existe une certaine analogie entre les Occidentaux qui retournent à l’Orthodoxie et les Grecs des temps apostoliques qui se convertissaient ; ne pas réclamer des païens la circoncision était une des exigences de l’Apôtre des nations pour que sa mission universelle puisse procurer une récolte abondante.

Le premier Concile, prototype de tous les Conciles de l’Église du Christ, se réunit précisément pour distinguer ce qui est indispensable à tous, de ce qui ne l’est pas : « L’Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles qui sont indispensables » (Act. 15, 28).