Les apports orientaux dans l'ancien rite des Gaules

 

Suite du chapitre 4 du rapport de la commission liturgique de 1968 présidée par Mgr Jean de Saint-Denis présentée au patriarcat roumain.

 

III. L’année liturgique

 

Nous avons employé la même méthode de compénétration pour l’année liturgique ; en voici quelques exemples :

L’OCTOÏKON byzantin contient les huit tons de la Résurrection chantés aux Vêpres et aux Matines dominicales. Cet aspect résurrectionnel étant affaibli dans la liturgie occidentale, nous avons introduit les strophes (stichères) aux Vêpres et aux Laudes de notre rite, en sauvegardant précieusement les antiennes occidentales qui correspondent aux Évangiles du dimanche : Pâques hebdomadaire !

NOËL : la poésie de saint Cosme et de saint Jean Damascène a trouvé sa place dans les chants.

LE BAPTÊME DU CHRIST, Théophanie et manifestation divine, dont la fête presque disparue en Occident a ressurgi au moyen des textes orientaux ; la Bénédiction des Eaux (Agiasma) est celle de saint Basile.

LE GRAND CARÊME a reçu en don la Prière de saint Éphrem, dite avec flexions des genoux, et le canon de saint André de Crète, fertile à l’âme pénitente.

LA SEMAINE SAINTE : les strophes de saint Cosme, l’hymnographe ; le tropaire (grande antienne) de saint Roman le Mélode : « C’est minuit, le Fiancé arrive » ; l’exapostilarion (missa) : « Ô mon Sauveur, je contemple Ton palais orné » ; le canon des matines de saint Jean Damascène exaltant le mystère eucharistique, au cours des Ténèbres du Jeudi Saint ; plusieurs strophes alternant avec les « Douze Évangiles » ; l’ensevelissement de notre Seigneur Jésus-Christ au chant : « Le noble Joseph », suivi des « Plaintes », etc. complètent le style « kénétique » d’Occident.

LES DOUZE FÊTES : le rite occidental exprime les fêtes par des collectes et des préfaces ; par contre, les antiennes – parallèles aux tropaires et kondakions orientaux – n’ont pas l’ampleur théologique de Byzance. Le Pape Innocent IV n’hésita pas à remplacer l’antienne de la Naissance de la Vierge (8 septembre) par un tropaire byzantin : « Ta Naissance, ô Vierge, Mère de Dieu… » Cet exemple caractéristique détruit la critique des puristes et nous a encouragés à souligner les douze fêtes occidentales par des strophes et tropaires de l’Orient.

 

IV.La divine liturgie

 

La Commission liturgique de 1961, présidée par l’Archevêque Jean de San Francisco, « a constaté que, sans briser l’unité du rite, la liturgie de l’Église orthodoxe de France a fait cependant quelques emprunts à l’Orient. »

1°) À l’Entrée, la prière à voix basse du prêtre. (La tradition occidentale nous laissant la liberté du choix, nous avons préféré la prière orientale qui souligne la concélébration angélique : « Seigneur, notre Dieu, Qui as établi les armées angéliques… »)

2°) La prière à voix basse du prêtre devant l’autel : « Roi du Ciel, Consolateur… » en accord avec l’Église orthodoxe universelle qui commence toutes les actions liturgiques par l’appel au Saint-Esprit.

3°) Dans la Litanie, adjonction de :

a) « de notre Souveraine, la Mère de Dieu ». L’antique Litanie de saint Martin qui est la nôtre, n’avait pas d’invocation à la Mère de Dieu.

b) du mot « orthodoxe », complétant « la foi catholique ».

4°) « Que toute chair humaine fasse silence… » qui, cependant, était probablement chanté jadis en Gaule.[1]

5°) Prière à voix basse du prêtre avant la Grande Entrée : « Aucun de ceux qui… » Cette prière, entrée tardivement, même dans la liturgie de saint Jean Chrysostome, entraîne le célébrant dans la profondeur du Sacrifice du Fils ; néanmoins, elle est facultative et peut, si on le juge utile, être supprimée.

6°) À l’encensement des dons : « Le noble Joseph… » cette strophe est facultative.

7°) Dans les diptyques, remplacement de « … et toute fraternité universelle » par « … et pour tous et pour tout ». Cette deuxième expression a un sens identique à la première qui a pour l’oreille française actuelle une résonnance profane.

8°) Les noms apophatiques de la préface : « Ineffable, Indicible… » que l’on trouve cependant dans plusieurs préfaces gallicanes.

9°) Adjonction de « sur nous » dans l’épiclèse : « …que descende sur nous et sur ce pain et sur cette coupe… »

10°) Triple « Amen » après l’épiclèse (voir « Le canon eucharistique »[2] pour l’explication des emprunts 8°, 9°,10°).

11°) Réponse des fidèles à l’exclamation du prêtre « Les Choses Saintes aux saints » : « Un Seul est Saint, un Seul est Seigneur… » Si cette réponse manque dans les manuscrits, elle s’impose d’elle-même, ayant existé dans les liturgies apostoliques.

12°) La prière avant la communion : « Je crois et je confesse… Accepte-moi… », destinée à donner la même prière à tous les orthodoxes, orientaux et occidentaux ; à noter que cette prière se trouve aussi dans le rite Ambrosien.

13°) La proclamation du Diacre : « Approchez avec foi et crainte de Dieu… »

14°) « Nous avons vu la Vraie Lumière… » comme tricanon. Les tricanons étant variables dans le rite gallican, nous avons préféré adopter celui-ci qui fait resplendir la Présence du Saint-Esprit et la lumière incréée, très affaiblie en Occident.

Ces emprunts furent, d’une part, dictés par le désir d’un développement théologique et, d’autre part, par celui d’avoir des points communs avec la liturgie orientale, par exemple, la prière avant la communion et la proclamation du Diacre : « Approchez avec foi… »

 


[1] Cf. p. 51-52 de ce livre et dans le Messager de l’Exarchat du patriarcat russe en Europe occidentale n°32, 1959, l’article de l’archimandrite Alexis van der Mensbrugghe : « L’expositio missae gallicanae est-elle de saint Germain de Paris » p. 247.

[2] Cf. chapitre 9 sur l’Épiclèse dans l’édition Saint-Irénée de 1957 ou l’édition de Forgeville n°10 (première partie).