Homélie du 30 janvier 1966 - Les trois Saints Docteurs - troisième dimanche après la Théophanie

 

Texte à venir

 

... Et comment liturgie (d') hier (?) divine de la Révélation sanctifie la lumière physique des cierges. Venez, bénissez, faites bénir les cierges, et après, rapportez à la maison mercredi soir...

 

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Ce dimanche nous fêtons les trois docteurs de l'Eglise, Saint Basile le Grand, Saint Grégoire de Naziance théologien et Saint Jean Chrysostome bouche d'or. C'est une fête (qui) est orientale, née à Constantinople mais qui a (est) un symbole, un signe pour l'Eglise universelle, catholique, et surtout dans l'époque où on parle et on prie beaucoup pour l'union des chrétiens. Je rappelle brièvement l'histoire de cette fête. Ces trois grandes figures, Basile, Grégoire et Jean étaient très honorés en Orient. Mais il y avait des disputes ridicules mais si propres à la psychologie humaine, les uns disaient que Basile est plus grand que Grégoire, les autres disaient que Grégoire est plus grand que Basile, les troisièmes choisissaient Jean Chrysostome. Il s'est passé la même histoire que relate l'Apôtre Paul quand il dit: "il n'y a pas ni de Paul ni de Pierre ni d'Apollos, nous sommes tous du Christ". Et les trois docteurs (s) ont apparus au Patriarche de Constantinople disant: "nous sommes différents mais égaux!  Et voilà pourquoi notre désir que le trente et un janvier, il y a une fête réunissant tous les trois ensemble". Et on a inauguré cette fête.

Vous savez jusqu'à quel point ces trois figures de l'Eglise sont différentes.

Basile, solide (son frère le compare avec le Moise du Nouveau Testament), autoritaire, puissant, avec son langage classique, immédiat, pasteur, constructeur; étant archevêque, il s'occupe même des canalisations et de l'hygiène de la ville. Contemple la Trinité d'une manière immédiate, rempli des Ecritures Saintes. Grégoire, l'âme plein de charme, de poésie, n'aime pas l'administration, aime rester dans un coin, chanter la Divine Trinité, son langage est vivant, il vibre, sa vie, c'est comme des ailes de colombe, ailes du Saint Esprit. Jean Chrysostome, antiochien, homme qui n'a pas peur d'attaquer les puissants de ce monde contre leur injustice, prédicateur unique, parole en or, malade, traqué, et qui crie "Je suis sur (la) pierre, je suis sur le Christ, que les vagues passent", figure engagée dans toutes les difficultés sociales et dogmatiques. Si différents ces trois figures. Et je n'ai pas le temps de vous décrire plus en détail, je voulais faire le portrait de ces trois grands docteurs afin que vous sentiez qu'il y a aussi tant de différence(s) entre eux, ils veulent qu'on les fête ensemble. Telle est la leçon œcuménique de cette fête.

On ne peut pas faire l'union si on n'aime pas la distinction. Il n'y a rien de plus dangereux que chercher l'union par nivellement, par un certain désir que tous soient la même chose. La couleur blanche est composée de l'arc en ciel. Si on veut avoir cette blancheur de l'Apocalypse, cette blancheur des nouvellement baptisés, blancheur de cette pureté virginale, on doit connaître que le blanc est composé de sept couleurs différentes. Et que tout ce qui ne contient pas cette multitude de formes dans l'unité, multitude de couleurs dans cette unité, multitude de sons dans cette unité, s'il ne contient pas un accord comme dit Saint Ignace d'Antioche, ce n'est pas blanc mais noir. Alors, à notre époque nous cherchons l'unité, nous devons avant tout penser à ceux qui s'enrichissent les uns par les autres, et un des aspects qui m'a frappé les derniers temps, c'est qu'on a oublié, dans la recherche de l'unité de l'humanité, (toute )(?) les particularités voulues par Dieu de chaque peuple, de chaque race, de chaque tribu, de chaque individu. On veut maintenant unir les hommes, prenant ce qu'il y a de commun en eux, et ne tenant pas compte de la vocation de chaque peuple, de chaque race, de chaque tribu, comme nous chantons après l'Evangile dans la messe des Gaules, de chaque individu, de chaque cercle , de chaque métier, de chaque vocation. On ne peut pas même désirer l'union si nous n'avons pas l'amour et conscience de cette multitude de vocations, de dons, de ministères, si nous ne saisissons pas avec exactitude leur place exacte dans l'harmonie universelle. Et l'Evangile aujourd'hui est foudroyant. Pourquoi ? Parce que Dieu dans notre imagination déformée des hommes peut s'occuper du général, de l'universel, et va-t-il s'occuper des détails, peut-on demander à Dieu "dois-je prendre un métro, un autobus" ? Certe non, Dieu pour l'universel, pour tout ; ça c'est un métier de subordonné, peut-être à un ange, à ma conscience, à mon intelligence, n'importe , peut-on déranger Dieu (pour) ce qui n'est pas à l'universel ? Le particulier ne va pas l'intéresser. Et pourtant aujourd'hui dans l'Evangile, le Christ dit: "Tous les cheveux de votre tête sont comptés"! Dieu pense avec autant d'intérêt pour l'universel que pour chacun de nos cheveux! Au point de détail! Si vous comprenez bien, ici la sagesse, l'âme, l'intelligence chrétienne qui est à l'image de Dieu doit autant aimer le un et le tout que chaque chose, cheveux de chaque chose, et plein(?) de petits points, points de détail; alors si c'est ainsi, si chaque chose dans sa particularité comme dans l'universel a autant de valeur, car chaque cheveux est unique à côté de ce qui est un, le monde est un, l'humanité une, nous sommes appelés prêtre(s) un(s) avec Dieu, mais en même temps nous sommes appelés d'une multitude de choses uniques, irremplaçables, ayant leur valeur en eux-même, pour eux-même dans ce tout. Et dans cette vision chrétienne, nous n'appartenons pas à une église universelle anonyme, nous appartenons à l'Eglise catholique, c'est à dire l'unité dans la multiplicité. Nous ne sommes pas un seul son, nous sommes (une) multitude de sons, cet accord que nous ne connaissons pas par (des) quatre, cinq notes mais des milliards de notes harmonieusement coordonnées. Et voilà pourquoi dans cette unité, il y a une vocation, un mariage profond de l' Eglise universelle avec l'église locale, avec le peuple il y a l'église qui est intimement liée, tout étant universel avec (le) destin des peuples français, comme italien russe ou grec ou que n'importe. Il y a ce particularisme indispensable qui entre dans la vision du corps du Christ. Et si l' église de France dit à l'église d'Italie: "Je n'ai pas besoin (comme l' œil dit à l'oreille) je n'ai pas besoin de toi", elle pêche. Car l'Apôtre Paul distingue dans le corps du Christ l'oreille, l'œil, (la) bouche, (la) main, ainsi de suite et ceux qui veulent faire l'union en oubliant cette chose essentielle, le respect de ce qui nous enrichi dans la multitude à chaque place et leur juste rapport, ils ne font pas le corps vivant du Christ. Car le corps du Christ n'est pas une boule, il y a des membres différents qui se compénètrent (et) en tout (?) s'aident réciproquement. Voilà ce qu'enseigne cette fête des trois docteurs, et voilà en quel sens nous devons aussi envisager tout le mouvement de l'union œcuménique entre les chrétiens, entre les hommes à notre époque.

Et mon grand désir (est) de faire lundi de Pentecôte cette année une réunion de prière œcuménique ici, selon l'esprit orthodoxe. Car en effet le Saint-Esprit est descendu sur cent vingt personnes sous forme de douze langues mais pas d'un(e) seule, et dans cette multiplicité des langues pour chacun des Apôtres, des fidèles, des hommes, vieillards et femmes qui étaient présents, Il a réuni tous dans leur liberté personnelle et totale . Amen.